Regarder la guerre Israël–États-Unis–Iran depuis la "grande perspective Türkiye"

10:0217/03/2026, mardi
MAJ: 17/03/2026, mardi
İhsan Aktaş

Aux moments critiques de l’histoire, le destin d’une nation peut se confondre avec celui d’un dirigeant. Cette convergence ne concerne pas seulement la nation turque et M. Recep Tayyip Erdoğan ; elle s’inscrit aussi dans une alliance d’espérance portée par les peuples musulmans, et plus largement par l’ensemble des nations opprimées. Analyser une guerre d’ampleur mondiale en se limitant à une lecture centrée sur la rivalité chiite-sunnite ne relève pas d’une pensée conforme à la grande perspective

Aux moments critiques de l’histoire, le destin d’une nation peut se confondre avec celui d’un dirigeant. Cette convergence ne concerne pas seulement la nation turque et M. Recep Tayyip Erdoğan ; elle s’inscrit aussi dans une alliance d’espérance portée par les peuples musulmans, et plus largement par l’ensemble des nations opprimées.

Analyser une guerre d’ampleur mondiale en se limitant à une lecture centrée sur la rivalité chiite-sunnite ne relève pas d’une pensée conforme à la grande perspective Türkiye. J’ai souvent abordé cette question dans de nombreuses émissions, en insistant sur ce point.

Il n’est pourtant pas difficile de suivre la ligne du président Erdoğan, observée de près tant dans le monde musulman que par les analystes politiques internationaux. Dans de nombreuses crises complexes, il a su proposer des positions justes, adopter une posture en faveur des musulmans et faire preuve d’un rationalisme salué tant par ses alliés que par ses adversaires. Cette vision élevée mérite d’être suivie avec attention.


Les codes de la rivalité régionale sont connus.
Les codes des tensions confessionnelles sont connus.
Mais la réaction face à l’attaque d’un pays musulman par les États-Unis impérialistes et Israël, ennemi de l’humanité, relève d’une tout autre logique.

J’ai souvent illustré la posture visionnaire du président face aux grandes crises par un exemple unique : le 7 octobre.


Le tournant du 7 octobre


Lors des attaques du 7 octobre menées par le mouvement de résistance palestinien Hamas, tout était réuni pour que les dirigeants du monde qualifient Hamas de
"terroriste"
. La tempête médiatique mondiale était extrêmement violente.

Alors que l’on attendait avec curiosité la position d’Erdoğan, il a fait cette déclaration historique face à la guerre en Palestine et au génocide mené par Israël :

"Hamas n’est pas une organisation terroriste, ce sont des moudjahidines qui défendent leur terre, comme les membres de la Kuvâ-yi Milliye (forces de résistance nationale turques durant la guerre d’indépendance)."

Cette déclaration a eu, selon moi, un impact comparable à celui d’une bombe atomique.

Après cela, aucun dirigeant arabe ou musulman n’a pu qualifier Hamas de
"terroriste"
. Une telle position les aurait placés en contradiction directe avec leurs propres peuples.
Deux ans plus tard, près de la moitié de la population mondiale observe le conflit Israël-Hamas à travers une perspective proche de celle du président Erdoğan.

C’est précisément pour cela que cet exemple est essentiel pour comprendre la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël.

Dès le premier jour de l’offensive israélienne, la déclaration faite au nom de notre pays était empreinte de lucidité, le président a déclaré :


Attaquer un État souverain est contraire au droit international.

Une guerre sans objectif clair


Cette guerre est en réalité une guerre sans objectif. Israël cherche à éliminer toute puissance susceptible de devenir un rival. Comme un chat face à son reflet, se prenant pour un lion, il s’enveloppe d’une posture agressive, évoquant successivement un axe chiite, puis sunnite, et allant jusqu’à laisser entendre que la Türkiye pourrait devenir une cible.

J’ai participé à une réunion de la commission parlementaire
"Türkiye sans terrorisme"
. En guise de conclusion, j’ai cité cette phrase du président iranien
Massoud Pezeshkian
:

Nous pensions que nos ennemis étaient nos voisins ; en réalité, nos ennemis sont les impérialistes.

Cette phrase résume parfaitement la situation actuelle.

Dans ce contexte, il n’y a aucune raison pour que cette guerre devienne la nôtre.

Quelles que soient les provocations d’Israël, qu’ils assument eux-mêmes les conséquences de leurs actes.

Nous n’avons pas oublié que, lorsque des missiles pleuvaient depuis la Syrie vers la Türkiye, les systèmes de défense avaient été retirés du territoire, conduisant Ankara à acquérir les systèmes S-400.
Nous n’avons pas oublié non plus les sanctions imposées ensuite par les États-Unis en réponse à cette décision.
La Türkiye ne regarde pas la question iranienne avec la psychologie des pays du Golfe.
Cette nation est héritière d’un empire majeur et d’une civilisation portée par l’Empire ottoman.
La politique étrangère turque, qui se renforce chaque jour sur la voie d’une indépendance totale, repose sur un paradigme capable de produire une vision stratégique des enjeux régionaux.
Nous disposons d’un leadership capable de lire les crises mondiales et d’une solide tradition diplomatique.

Le risque d’un enlisement à l’américaine


Selon Robert D. Kaplan, les conflits les plus problématiques pour les États-Unis sont les guerres de moyenne intensité. Il s’agit de conflits comme le Vietnam, l’Irak ou l’Afghanistan : longs, coûteux, sans mobilisation totale de la société.
Ces guerres entraînent une usure politique et des erreurs stratégiques.
Kaplan estime que la pression militaire exercée par Donald Trump contre l’Iran pourrait suivre le même chemin : une opération limitée au départ, susceptible de se transformer progressivement en un conflit long,
incontrôlable et coûteux.
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