Comment l’affaire Lyhanna révèle une fois de plus l’islamophobie d’État

09:2411/06/2026, Perşembe
MAJ: 11/06/2026, Perşembe
Fatih Karakaya

Le viol et le meurtre de la petite Lyhanna auraient-ils pu être évités ? La question est insupportable, mais elle s’impose. Car dans ce dossier, il ne s’agit pas seulement d’un monstre qui aurait surgi de nulle part. Il s’agit aussi d’alertes, de plaintes, de signaux, de délais et d’une machine judiciaire qui, une fois encore, n’a pas su protéger une enfant. Depuis le drame, les responsables politiques se succèdent devant les caméras. Ils parlent de "dysfonctionnement ", de "failles" , de "tragédie"

Le viol et le meurtre de la petite Lyhanna auraient-ils pu être évités ? La question est insupportable, mais elle s’impose. Car dans ce dossier, il ne s’agit pas seulement d’un monstre qui aurait surgi de nulle part. Il s’agit aussi d’alertes, de plaintes, de signaux, de délais et d’une machine judiciaire qui, une fois encore, n’a pas su protéger une enfant.

Depuis le drame, les responsables politiques se succèdent devant les caméras. Ils parlent de
"dysfonctionnement
", de
"failles"
, de
"tragédie"
. Ils jurent qu’ils vont comprendre, vérifier, réformer. Mais à force d’habiller l’abandon des enfants avec des mots administratifs, ils pensent pouvoir effacer la réalité : l’État a failli.
Et cette faillite n’est pas seulement technique. Elle est politique.
Car une justice lente n’est pas toujours lente. En effet, elle sait devenir rapide quand le pouvoir lui désigne une priorité, sait envoyer des circulaires, mobiliser des parquets, surveiller les réseaux sociaux, convoquer des chercheurs, inquiéter des militants, ouvrir des enquêtes et donner le sentiment d’une urgence nationale. Aussi, elle sait le faire quand il s’agit de Palestine et sait le faire quand il s’agit de discipliner une parole jugée trop dissidente.
Elle sait le faire quand il faut défendre le récit officiel sur Israël.
Mais quand il s’agit de protéger les mineurs, soudain, tout devient compliqué. Les dossiers s’empilent, les plaintes attendent, les mères relancent, les enfants parlent. Les institutions se renvoient la responsabilité.
Puis, lorsqu’un drame arrive, les mêmes responsables découvrent publiquement ce qu’ils refusaient de traiter politiquement : le danger était déjà là.

Une justice rapide contre la parole politique, lente face aux prédateurs


Après le 7 octobre 2023, Éric Dupond-Moretti avait adressé aux parquets une circulaire réclamant une réponse pénale
"ferme et rapide"
contre l’antisémitisme et l’apologie du terrorisme. Le message était clair : les propos publics liés au Hamas, à la Palestine ou à la guerre à Gaza devaient être surveillés, qualifiés, poursuivis.
Les parquets étaient appelés à agir vite, avec fermeté, en donnant à ces affaires un traitement prioritaire.
Il ne s’agit pas ici de nier la nécessité de combattre l’antisémitisme. Il ne s’agit pas non plus de défendre les propos qui glorifient des crimes contre des civils.
La question est autre : pourquoi cette capacité d’action immédiate n’existe-t-elle pas avec la même intensité lorsqu’il s’agit de violences sexuelles contre des enfants ?

Pourquoi l’État sait-il organiser une réponse pénale quasi instantanée contre des slogans, des publications ou des prises de position politiques, mais se montre incapable d’empêcher que des plaintes pour viol sur mineure dorment dans les circuits judiciaires ?

C’est là que l’affaire Lyhanna devient un révélateur.
Non pas seulement d’une justice débordée, mais d’une hiérarchie morale. Le pouvoir politique choisit ses urgences.
Et depuis des années, il a choisi de faire de la parole pro-palestinienne un champ de surveillance prioritaire, pendant que la protection des enfants reste enfermée dans les promesses, les rapports et les réformes inachevées.

Le cas de François Burgat en est l’illustration la plus frappante. Un chercheur, ancien directeur de recherches au CNRS, a été poursuivi puis condamné en appel pour apologie du terrorisme. Son affaire a mobilisé l’appareil judiciaire autour d’une prise de position politique. Là, la machine a fonctionné. Là, le temps judiciaire a trouvé son rythme. Là, les moyens semblaient exister.

Dans le même pays, des dizaines de milliers de dossiers de violences contre des mineurs sont aujourd’hui annoncés comme devant être
"réexaminés"
. Il aura donc fallu le meurtre d’une enfant pour que l’État réalise l’ampleur de ce qu’il laissait en attente.

Les mineurs, éternel angle mort des gouvernements Macron


L’affaire Lyhanna n’est pas un accident isolé dans un système par ailleurs irréprochable. Elle s’inscrit dans une longue série de défaillances françaises face à la
pédocriminalité
.

L’affaire Le Scouarnec avait déjà exposé la même logique. En 2005, ce chirurgien avait été condamné pour détention d’images pédopornographiques à une peine dérisoire. Des années plus tard, la France découvrait l’ampleur vertigineuse des accusations le visant : des centaines de victimes, majoritairement mineures, et des décennies de silence institutionnel. Là aussi, les signaux existaient. Là aussi, les institutions savaient ou auraient dû savoir. Là aussi, les enfants ont payé le prix de la passivité.

Plus récemment encore, un gendarme, devenu "ex" depuis, a été condamné à deux ans de prison avec sursis pour la détention de milliers d’images pédopornographiques.
Deux ans avec sursis. Pour des milliers d’images. Pour des scènes impliquant des enfants. Pour des contenus qui ne sont pas de simples fichiers, mais la trace de violences réelles commises contre des mineurs.
Comment demander aux citoyens de croire en la justice lorsqu’un homme peut être envoyé en prison ferme pour des tags, tandis qu’un détenteur de milliers d’images pédocriminelles échappe à l’incarcération immédiate ?
Comment ne pas voir que l’échelle des priorités judiciaires semble parfois moralement renversée ?
La France a même été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour sa manière de traiter des plaintes de mineures pour viol. Ce n’est donc pas une polémique fabriquée. Ce n’est pas seulement une émotion populaire. C
’est un constat institutionnel : l’État français ne protège pas correctement les enfants face aux violences sexuelles.
Et pourtant, depuis des années, les promesses se répètent. D'ailleurs, Marlène Schiappa avait fait de la lutte contre les violences sexuelles et sexistes un marqueur politique. Emmanuel Macron avait promis d’écouter les victimes d’inceste et d’adapter le droit. Des lois ont été votées. Des annonces ont été faites. Des seuils de non-consentement ont été introduits.
Mais une loi ne protège personne si elle n’est pas accompagnée de moyens, d’enquêteurs, de magistrats, de formation, de suivi et d’une volonté politique continue.
Les gouvernements Macron ont donc échoué. Ils n’ont pas seulement échoué parce qu’ils n’auraient rien fait. Ils ont échoué parce qu’ils ont transformé la protection des mineurs en communication politique, sans construire la réponse judiciaire et administrative capable de sauver des vies.
Car le problème n’est pas seulement le texte de loi.
Le problème
, c’est l’exécution, ce sont les plaintes qui attendent, ce sont les auteurs signalés qui ne sont pas entendus, ce sont les victimes qui relancent seules et, c’est une justice qu’on sait rendre prioritaire quand le gouvernement le décide, mais qu’on laisse prétendument débordée lorsqu’il s’agit d’enfants.
C’est ici que l’islamophobie d’État apparaît dans toute sa mécanique. Elle ne se limite pas aux insultes ou aux discours de haine. Elle se manifeste dans la manière dont l’État désigne ses ennemis intérieurs, hiérarchise les urgences, mobilise la police, oriente les parquets et traite certaines paroles comme des menaces existentielles.

Une voix musulmane, arabe, pro-palestinienne ou simplement critique d’Israël peut être rapidement suspectée, convoquée, poursuivie. Alors qu'une plainte pour viol sur mineure, elle, peut attendre, un message Facebook peut devenir une affaire d’État, un enfant en danger peut devenir un dossier parmi des milliers. Voilà le scandale.

L’affaire Lyhanna ne révèle pas seulement l’échec de la justice.
Elle révèle l’ordre politique de cette justice. Une justice que l’on dit sans moyens, mais qui trouve des moyens lorsqu’il faut protéger le récit dominant. Une justice que l’on dit indépendante, mais que les circulaires ministérielles orientent lorsqu’il faut frapper vite. Une justice que l’on dit débordée, mais qui sait devenir rapide contre les dissidents.

Ce que l’on demande n’est pas une justice faible contre la haine. Ce que l’on demande, c’est une justice forte pour les enfants. Une justice qui considère qu’un prédateur sexuel signalé représente une urgence supérieure à un post, un slogan ou une position politique. Une justice qui ne découvre pas les mineurs après leur mort. Une justice qui ne transforme pas chaque drame en promesse de réforme oubliée. Une justice qui traite de la même manière toute les haines.

Ainsi, Lyhanna n’est pas morte seulement parce qu’un homme dangereux existait. Elle est morte dans un pays où les alertes ne suffisent plus à déclencher l’urgence.
Dans un pays où la protection des enfants reste moins prioritaire que la surveillance politique. Dans un pays où l’État sait se montrer implacable contre les voix pro-palestiniennes, mais se découvre impuissant face aux pédocriminels.
C’est cette hiérarchie qui doit être nommée. C’est cette faillite qui doit être combattue. Et c’est pour cela que l’affaire Lyhanna n’est pas seulement une affaire criminelle.
C’est une accusation politique contre tout un système.


#France
#Lyhanna
#pédocriminalité
#François Burgat
#Palestine
#Macron