Une offre critique de l’OTAN à Ankara et les manœuvres autour du Liban

10:3410/04/2026, Cuma
MAJ: 10/04/2026, Cuma
Yahya Bostan

Nous verrons demain si les négociations entre les États-Unis et l’Iran débutent au Pakistan. Le cessez-le-feu reste fragile. Car avant même l’installation de la table des négociations, certains éléments se sont déjà vidés de leur substance. Premièrement , la question de savoir si le Liban fait partie du cessez-le-feu. Le Pakistan et l’Iran tiennent un discours, Israël et Trump un autre (des sources à Ankara affirment que "le Liban faisait partie du cessez-le-feu"). Deuxièmement , la question de

Nous verrons demain si les négociations entre les États-Unis et l’Iran débutent au Pakistan. Le cessez-le-feu reste fragile. Car avant même l’installation de la table des négociations, certains éléments se sont déjà vidés de leur substance.


Premièrement
, la question de savoir si le Liban fait partie du cessez-le-feu. Le Pakistan et l’Iran tiennent un discours, Israël et Trump un autre (des sources à Ankara affirment que "le Liban faisait partie du cessez-le-feu").
Deuxièmement
, la question de la mer Rouge : pour empêcher l’Iran d’utiliser la carte des Houthis en mer Rouge, Israël préparerait une attaque majeure contre le Yémen (l’Iran conservait cette carte en réserve contre une éventuelle offensive terrestre).
Troisièmement
, la situation du détroit d’Ormuz. Trump parle d’une "ouverture complète" du détroit d’Ormuz, tandis que l’Iran évoque un passage sous contrôle.
Quatrièmement
, le désaccord sur les conditions de négociation. Un fossé persiste entre les demandes des parties. Les États-Unis et l’Iran veulent la fin de la guerre. Les deux camps ont besoin d’une sortie honorable et de concessions leur permettant de dire qu’ils ont gagné. Israël, en revanche, souhaite la poursuite du conflit. Autrement dit, cette crise est loin d’être terminée.

La recherche d’Ankara sur le dossier libanais


Dans la crise iranienne, l’un des dossiers auxquels la Türkiye accorde la priorité dans le cadre de ses préoccupations de sécurité nationale est le Liban. Car les développements dans ce pays produisent un effet en chaîne, d’abord sur la Syrie, puis sur la Türkiye.


Au Liban, la mission de maintien de la paix des Nations unies, la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban), est déployée (elle a été attaquée par Israël la semaine dernière). Des soldats turcs participent également à cette mission. La FINUL n’est pas une force capable d’arrêter les attaques israéliennes. Mais son absence signifierait abandonner le Liban à son sort. Le mandat de la mission expire cette année. Ankara cherche une solution pour éviter que le Liban ne soit laissé seul, pour maintenir une présence internationale sur place et pour prolonger la mission des soldats turcs. Des contacts ont été établis avec certains pays européens. Le dossier reste à suivre.


Une proposition stratégique adressée à Ankara


Un autre sujet déclenché par la crise iranienne concerne l’OTAN. N’ayant pas obtenu le soutien attendu de ses alliés en Iran, Trump a déclaré qu’il quitterait l’OTAN. Une telle décision est techniquement difficile à mettre en œuvre. D’après ce que j’observe, des officiers supérieurs de l’armée américaine transmettent clairement à leurs homologues au sein de l’OTAN le message que les États-Unis ne quitteront pas l’Alliance. Le Wall Street Journal a toutefois rapporté que Trump souhaitait sanctionner certains membres de l’OTAN et réduire la présence militaire américaine dans certains pays. Par ailleurs, on observe également une réduction de la présence américaine dans la chaîne de commandement de l’OTAN. Si l’on examine les nominations et les mouvements au sein de cette hiérarchie, on constate une augmentation visible de l’influence d’Ankara.


Le dernier exemple concerne l’Allied Reaction Force (ARF). Cette force est stratégique. Il s’agit de la force de réaction rapide de l’OTAN, chargée d’intervenir en premier en cas de crise. Elle regroupe des unités très diverses : forces navales, aériennes, terrestres, spéciales, cyber et spatiales. Les unités stationnées dans les pays membres sont placées sous son commandement pour intervenir en cas de crise. En raison de ses capacités, l’OTAN a proposé à la Türkiye de prendre le commandement de l’ARF. Ankara a accepté et en prendra le contrôle en 2028.


La question du commandement pour la Türkiye


L’augmentation de l’influence de la Türkiye au sein de l’OTAN, des exercices à la préparation du sommet prévu à Ankara en juillet, coïncidant avec la guerre en Iran, a suscité différents débats. Certains établissent un lien avec la guerre en Iran. D’autres affirment que la Convention de Montreux serait menacée. Il convient de remettre chaque élément à sa place :


Premièrement
, la Türkiye suit une stratégie multidimensionnelle et stratifiée. Simultanément, elle encourage la coordination entre les pays de la région (ce qui a eu des effets à Gaza, en Syrie et en Iran). En restant en dehors des tensions (comme en Ukraine et en Iran), elle acquiert une position de médiateur. Tout en maintenant une relation de confiance avec la Russie, elle renouvelle ses relations avec l’Occident. L’objectif est d’augmenter le nombre de cartes dont elle dispose en plaçant ses intérêts au centre, et de renforcer sa dissuasion et son influence dans un contexte de recomposition de l’ordre régional. Alors que l’OTAN se reconfigure, la Türkiye souhaite également transformer sa relation avec l’Alliance. Elle était dans une position d’importation de sécurité. Elle veut désormais jouer un rôle central et déterminant.

Deuxièmement
, dans ce cadre, Ankara a déposé une demande auprès de l’OTAN pour la création à Adana d’un quartier général de corps multinational (MNC-TUR). L’objectif est de ne pas laisser à d’autres, par exemple à un corps basé en Roumanie, l’initiative et le commandement sur des questions touchant à la sécurité de la Türkiye. Il s’agit d’orienter et de déterminer les décisions de l’OTAN. Cette demande a été formulée ces dernières années (elle n’est donc pas liée à la guerre en Iran). L’OTAN ne l’a toutefois pas encore approuvée.

Troisièmement
, en mer Noire, dans le cadre de l’OTAN, des opérations de déminage sont déjà menées avec les pays riverains (Bulgarie, Roumanie) dans le cadre de MCM Black Sea. La mission de la Black Sea Task Force (CTF Black) est de contribuer à la sécurité de la mer Noire.

Quatrièmement
, le MCC (commandement des forces navales) n’est pas lié à l’OTAN. Il s’agit de la composante maritime de la coalition des volontaires mise en place pour superviser un éventuel accord de paix entre l’Ukraine et la Russie.

Les éléments présents en mer Noire ont une caractéristique commune : leur commandement, conformément au principe de propriété régionale, est détenu uniquement par les pays riverains, en particulier la Türkiye en raison de ses capacités. Dans le même temps, Ankara bloque directement toute initiative susceptible de porter atteinte à la Convention de Montreux (il est dit que les Américains, les Russes et les Français l’ont appris lors de précédentes tentatives).


L’objectif d’Israël et la réponse d’Ankara


Pour conclure, une analyse.
On se demande pourquoi la Türkiye renforce son poids au sein de l’OTAN. On peut aussi regarder les choses autrement : les appels récents de comptes israéliens demandant l’exclusion de la Türkiye de l’OTAN, ainsi que les articles insistants de certains auteurs basés à Washington et financés par Israël, ne sont pas anodins. Il existe un arrière-plan : Israël cherche à ouvrir un axe contre la Türkiye via Chypre grecque et la Grèce, à renforcer sa position en cas de tension en fragilisant les relations entre la Türkiye et l’Occident, et à isoler Ankara. L’initiative de la Türkiye au sein de l’OTAN n’est-elle pas aussi une réponse à cette stratégie ?
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