Lecture de fond : quelque chose s’est produit à Kirkouk

10:2524/04/2026, Cuma
MAJ: 24/04/2026, Cuma
Yahya Bostan

Lorsque, dans cette chronique, je posais la question "n’est-il pas temps de parler à cet acteur ?" (17 février), je n’avais pas anticipé une évolution aussi rapide des événements. L’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran n’avait pas encore commencé. Le sujet portait sur le soutien sans compromis de Barzani (et de ses médias) aux FDS en voie de fragmentation. Plus encore… le fait que les Barzani sortent de la tradition établie en présentant pour la première fois un candidat à la présidence

Lorsque, dans cette chronique, je posais la question
"n’est-il pas temps de parler à cet acteur ?"
(17 février), je n’avais pas anticipé une évolution aussi rapide des événements. L’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran n’avait pas encore commencé. Le sujet portait sur le soutien sans compromis de Barzani (et de ses médias) aux FDS en voie de fragmentation. Plus encore… le fait que les Barzani sortent de la tradition établie en présentant pour la première fois un candidat à la présidence de l’Irak attirait l’attention. S’appuyant sur les États-Unis, qui ont déplacé leur présence militaire en Irak vers Erbil, l’administration cherchait à bouleverser le statu quo, tant en Irak que dans la région. Il était clair que cela suscitait des inquiétudes à Ankara. Dès lors, un nouveau mouvement s’imposait, et l’administration Barzani devait être
"équilibrée".

"Une nouvelle page s’est ouverte"


À vrai dire, en écrivant ces lignes, je n’avais pas connaissance de ce qui se jouait en coulisses. J’ai appris par la suite qu’Ankara avait entamé des discussions avec Bafel Talabani, avec qui elle rencontrait des difficultés en raison de son soutien ouvert à l’organisation terroriste PKK (voir par exemple : l’hélicoptère abattu dans le "triangle du diable", 23 mars 2023), et que cela était considéré comme
"l’ouverture d’une nouvelle page".
Talabani lui-même estimait que les problèmes du passé
"n’auraient pas dû se produire".
Dans ce processus, le chef du MIT, İbrahim Kalın, jouait un rôle central. Le contexte était celui du processus d’une Türkiye sans terrorisme. Il apparaît que Kalın a adopté une approche consistant à entrer en contact avec
"tous les acteurs susceptibles de nuire au processus",
afin de les maintenir dans le jeu et ainsi réduire les risques. On peut dire qu’il y a largement réussi.

Avertissement critique adressé au Mossad


La guerre déclenchée le 28 février entre les États-Unis/Israël et l’Iran a profondément transformé de nombreux équilibres dans la région. L’évolution du conflit concernait directement la nouvelle architecture régionale et la Türkiye. Les premiers signaux étaient négatifs, car les États-Unis et Israël avaient établi des contacts directs avec des groupes séparatistes dans la région (y compris Trump et Barrack)
(voir : "Ce n’était pas acceptable, Monsieur l’Ambassadeur !", 3 mars).

On sait que le MIT est intervenu à nouveau dans ce contexte, exerçant une pression globale sur tous les acteurs, y compris les groupes séparatistes en Iran, que l’île-prison d’Imralı (où est détenu Abdullah Öcalan) a joué un rôle positif dans ce processus, et que le Mossad a même été directement averti. Suite à un avertissement clair d’Ankara, Israël, tout en poursuivant ses contacts avec d’autres groupes séparatistes, a pris ses distances avec le PJAK en matière d’aide militaire.

Dans cette période… tant le groupe Barzani que, surtout, le groupe Talabani, se sont tenus à distance d’Israël, sous l’effet des recommandations de la Türkiye, de la conviction que le régime iranien ne changerait pas, et du risque d’une guerre civile en Irak. Cette attitude constitue l’un des jalons de la construction de la confiance entre Ankara et Souleimaniye.


Une table de négociation en attente


L’évolution de la guerre en Iran se précise. Les limites d’Israël (et même des États-Unis) sont désormais visibles. À ce stade, un cessez-le-feu a été déclaré. La table des négociations au Pakistan attend les parties pour un second cycle. Dans un précédent article, en nous appuyant sur des notes de fond, nous avions écrit que les deux parties étaient
"parvenues à 80 % d’un accord"
(voir : détails ayant fuité du projet d’accord États-Unis–Iran, 21 avril).
L’insistance de Trump à imposer un blocus sur le détroit d’Ormuz a prolongé le processus. Les États-Unis ne s’en sont pas tenus là : ils ont saisi un navire iranien et procédé à un abordage sur un autre. Trump, désireux d’une sortie honorable, cherche à amener l’Iran à la table en
"lui faisant plier le genou"
, dans une quête de
"victoire nette"
. Mais Téhéran perçoit la volonté de paix de Trump ainsi que ses impasses. En réponse, l’Iran a saisi deux navires, rétablissant ainsi l’équilibre. Si Trump ne prend pas une nouvelle initiative pour renforcer sa position, je pense que les négociations reprendront au Pakistan.

Un nouveau terrain de rivalité avec Israël


Comme nous l’avons déjà indiqué, même si Ankara n’a pas pu stopper la guerre, elle a défini une stratégie visant à en transformer les résultats en opportunités positives (voir : l’opportunité à venir pour la Türkiye, 13 mars). En particulier, avec la mise en évidence des limites d’Israël, la question de la nouvelle architecture régionale d’après-guerre est davantage débattue.

L’"hexagone des alliances"
d’Israël renforce la coordination entre la Türkiye, l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Pakistan. Premièrement. Deuxièmement, il y a la nouvelle architecture énergétique, soulignée par le ministre de l’Énergie Alparslan Bayraktar. La Türkiye dispose de quatre grands projets dans ce domaine (voir : l’État prépare une nouvelle architecture pour l’après-guerre, 27 mars). Pour que ces projets, qui auront un impact profond sur le marché mondial de l’énergie, aboutissent, il faudra du temps, de la précision et de la patience. C’est là que se situe le nouveau terrain de rivalité avec Israël.

Le premier fruit du nouveau processus


À court terme, le premier résultat positif de la guerre en Iran pour la Türkiye et la région est apparu à ce moment-là. De manière inattendue, à Kirkouk, l’ancien gouverneur Rebwar Taha, proche de Talabani, a démissionné. Lors d’un nouveau vote boycotté par le groupe Barzani, un Turkmène, Mohammed Seman Ağa, a été élu gouverneur de Kirkouk pour la première fois en cent ans. Ainsi, le mécanisme de gouvernance tournante réclamé par Ankara a été mis en œuvre.

En coulisses de ce développement historique…


Premièrement
, alors que Barzani revendiquait la présidence de l’Irak en rompant avec les accords et traditions, le candidat de Talabani, Nizar Amedi, a été élu président avec le soutien sunnite, chiite et turkmène…
Deuxièmement
, le dialogue naissant entre Ankara et Bafel Talabani…
Troisièmement
, la diminution de l’influence iranienne sur Talabani après les lourdes pertes subies pendant la guerre…
Quatrièmement
, la synergie créée par les contacts établis dans le cadre du processus d’une Türkiye sans terrorisme ont joué un rôle déterminant.
Malgré ces signaux positifs, l’évolution de la guerre en Iran reste incertaine et de nombreuses interrogations subsistent. Cependant… par sa population, son économie, ainsi que ses capacités politiques, militaires, diplomatiques et de renseignement, la Türkiye possède un poids considérable dans la région. Alors que la présence américaine est appelée à diminuer et que l’influence iranienne s’affaiblit, un vide se forme. Ironie de la géographie, de la démographie, de l’histoire et du destin : le poids de la Türkiye attire les acteurs régionaux comme un aimant dans ce vide.
Il s’agit d’un acquis qu’Israël ne peut obtenir par la force des armes. Lorsque la guerre prendra fin, ce tableau apparaîtra plus clairement.
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