Les élites de la politique étrangère américaine dénoncent depuis des années les "profiteurs" qui bénéficient de la stabilité du système international. Selon cette lecture, les États-Unis ont longtemps garanti l’ouverture des routes commerciales mondiales et la stabilité des prix de l’énergie, assurant ainsi l’équilibre global. En retour, alliés, rivaux et adversaires ont profité de cet ordre pour développer leurs économies sans en assumer les risques. Cette approche s’est traduite, sous l’ère Bush,
Les élites de la politique étrangère américaine dénoncent depuis des années les
qui bénéficient de la stabilité du système international. Selon cette lecture, les États-Unis ont longtemps garanti l’ouverture des routes commerciales mondiales et la stabilité des prix de l’énergie, assurant ainsi l’équilibre global.
En retour, alliés, rivaux et adversaires ont profité de cet ordre pour développer leurs économies sans en assumer les risques. Cette approche s’est traduite, sous l’ère Bush, par des pressions accrues sur les alliés pour qu’ils contribuent davantage aux interventions en Afghanistan et en Irak, dans le cadre de la sécurité internationale et de la lutte contre le terrorisme.
Si George W. Bush évoquait surtout cette question en privé, Barack Obama l’a publiquement formulée dans une célèbre interview accordée à The Atlantic à la fin de son mandat.
Le débat sur le partage du fardeau
Les critiques de Donald Trump à l’encontre des alliés de l’OTAN, réactivées aujourd’hui dans le contexte de la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, s’inscrivent dans cette continuité. Trump affirme que le maintien de l’ouverture du détroit d’Ormuz ne relève pas uniquement des États-Unis et attend une contribution des autres pays, reprenant explicitement la thèse des
.
Le dysfonctionnement croissant de l’ordre international libéral, construit et dirigé pendant des décennies par Washington, pousse désormais les États-Unis à chercher à en transférer le coût. À tel point que l’administration Trump se plaint aujourd’hui des
jusque dans la gestion de la crise du détroit d’Ormuz, issue de la guerre engagée avec Israël contre l’Iran.
Ce faisant, Washington semble demander que l’on ignore le fait qu’en assumant les coûts du système international, il en conserve aussi les privilèges de puissance structurante.
L’idée d’un partage plus équitable du fardeau entre alliés, mise en avant avec insistance par l’administration Trump, n’est pourtant pas nouvelle.
Avant l’invasion de l’Afghanistan, George W. Bush avait lancé au monde un ultimatum :
"vous êtes avec nous ou contre nous"
. Cette posture allait au-delà d’une simple demande de soutien, s’apparentant à un test d’alignement politique.
Même si l’administration Bush s’irritait des négociations sur le nombre de troupes et des restrictions imposées par certains alliés au sein de la
"coalition des volontaires"
, elle n’a jamais formulé ces critiques à travers le prisme des
.
Pour Bush, la position dominante des États-Unis relevait naturellement de leur statut de superpuissance. Il considérait l’écart de capacités avec ses alliés comme un fait structurel, et utilisait le discours sur le partage du fardeau dans un cadre positif,
notamment en sollicitant davantage de contributions européennes pour la reconstruction de l’Irak ou pour les opérations de l’OTAN hors d’Europe.
De la critique d’Obama à l’offensive de Trump
Après la crise financière de 2008 et le traumatisme de la guerre en Irak, les États-Unis ont commencé à exprimer plus ouvertement leur lassitude face au poids du système international. B
arack Obama reprochait aux alliés de l’OTAN de ne pas investir suffisamment dans leur propre sécurité et de dépendre excessivement de Washington.
Mais Obama allait plus loin en pointant une autre dimension du phénomène : selon lui, notamment au Moyen-Orient, des pays cherchaient à résoudre leurs problèmes de politique étrangère en poussant les États-Unis à intervenir.
Contraint d’intervenir en Libye sous la pression de la Ligue arabe et après l’incapacité de la France à mener seule l’opération militaire
, Obama s’était montré profondément frustré par la durée du processus ayant conduit à la chute du régime.
Refusant d’intervenir en Syrie et résistant aux pressions d’Israël et de l’Arabie saoudite pour entrer en guerre contre l’Iran, il dénonçait le coût imposé à l’Amérique par ses alliés.
Obama plaidait pour que les pays de la région prennent davantage en main leur propre sécurité, estimant qu’un nouvel équilibre régional serait plus sain et limiterait la capacité des alliés à orienter les décisions américaines.
Trump, quant à lui, adopte une posture beaucoup plus accusatrice. Il affirme que les États-Unis, en plus de porter le poids du système mondial, n’en tirent pas suffisamment de bénéfices et sont même dupés par leurs alliés.
Selon lui, les
exploitent la puissance américaine pour obtenir ce qu’ils souhaitent tout en restant incapables d’assurer leur propre défense.
Dans le contexte de la crise du détroit d’Ormuz, Trump insiste sur le fait que les États-Unis ont atteint l’indépendance énergétique et que la sécurité du transit pétrolier concerne avant tout des acteurs comme l’Europe ou la Chine. Il appelle donc ces puissances à assumer leurs responsabilités.
Conscient que Washington ne peut rouvrir seul le détroit d’Ormuz sans en payer un coût élevé, Trump appelle désormais les
du système international à contribuer davantage.
Le fait que les États-Unis soient eux-mêmes à l’origine de la guerre ayant conduit à cette crise n’affaiblit pas, dans sa logique, la validité de cet argument.
D’autant plus que la fermeture du détroit d’Ormuz reste, selon lui, relativement supportable pour l’économie américaine.
À Washington, une idée ancienne refait surface : les États-Unis garantissent la sécurité des ressources énergétiques du Moyen-Orient, mais c’est la Chine qui en bénéficie le plus.
Certes, la hausse des prix du pétrole affecte aussi les coûts énergétiques américains, mais Trump estime que les États-Unis ne feront pas face à une pénurie majeure.
L’activation des réserves stratégiques permettrait de contenir les prix autour d’un niveau élevé mais gérable.
Ainsi, Trump ne considère pas comme urgent d’intervenir immédiatement pour rouvrir le détroit d’Ormuz, malgré le coût que cela impliquerait.
Même si la hausse des prix de l’énergie pèse sur l’opinion publique américaine et affaiblit le soutien à la guerre, il estime que cette situation reste soutenable à court et moyen terme.
L’évolution de la relation des États-Unis avec les
peut se lire en trois étapes : la demande de contributions accrues sous Bush, la critique du partage du fardeau et de l’interventionnisme sous Obama, et enfin l’approche plus frontale de Trump visant directement le système international.
La frustration américaine face aux coûts du leadership global et au fait que des rivaux comme la Chine bénéficient du système libéral se cristallise aujourd’hui dans cette rhétorique.
L’administration Trump, qui semble ne pas avoir pleinement anticipé les conséquences d’une fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, considère néanmoins qu’un tel scénario pourrait être relativement supportable. En tant qu’exportateur net d’énergie, les États-Unis pourraient même tirer profit d’une hausse des prix du pétrole et du gaz.
Ce constat traduit une évolution majeure : Washington semble avoir largement abandonné l’objectif de stabilisation du système international, considérant désormais que l’instabilité mondiale pénalisera davantage les "profiteurs" que lui-même.
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