
Présenter une durée supérieure aux quinze années prévues par l’accord nucléaire conclu sous Barack Obama comme une victoire ne sera pas chose aisée pour Trump. Toutefois, dans la mesure où un abandon total du nucléaire par l’Iran reste irréaliste, une telle option ne peut être considérée comme défavorable pour un président américain désireux de mettre fin à la guerre. Le blocage des passages dans le détroit d’Ormuz maintient les prix du pétrole autour de 100 dollars le baril, mais cela n’apporte aucun bénéfice réel à un Iran incapable d’exporter son pétrole. Ainsi, les deux camps disposent de raisons solides pour parvenir à un accord.
Reste une question centrale : si les États-Unis, qui ont déjà largement distendu leurs relations avec leurs alliés et partenaires, concluent un accord avec l’Iran, quel nouvel équilibre régional et mondial en émergera ?
L’incapacité de l’Iran à empêcher l’escalade vers la guerre avec les États-Unis et Israël, puis son isolement accru dans la région une fois le conflit déclenché, constituent des erreurs stratégiques majeures. Même en cas d’accord de paix, le recours à la force militaire par les États-Unis et Israël tendra à se banaliser davantage. Cela indique que, à moyen terme, les équilibres régionaux resteront prisonniers d’une dynamique de conflit et de guerre.
Un accord pourrait temporairement mettre entre parenthèses la question nucléaire et instaurer une stabilité relative. Mais il ne serait pas surprenant qu’Israël relance des opérations militaires dès lors qu’il percevra une remise en cause de sa supériorité régionale. Le fait qu’un tel espace de manœuvre lui soit accordé montre que la normalisation dans la région restera difficile. Engagé dans des politiques de plus en plus droitières et militaristes, et fort de son influence sur la politique américaine, Israël continuera de s’imposer comme l’acteur déterminant, dans un sens négatif, du nouveau (nouveau) Moyen-Orient.
Parmi les acteurs tirant profit de la guerre avec l’Iran, la Russie occupe une place centrale. Sans enregistrer de percées décisives en Ukraine, Moscou bénéficie du déplacement de l’attention américaine vers le Venezuela, le Groenland et l’Iran.
De plus, en permettant indirectement à la Russie d’écouler son pétrole pour compenser les tensions sur l’approvisionnement mondial, Washington contribue, via des prix élevés, à soutenir le budget russe. Les critiques de Trump envers l’OTAN pour son manque d’implication dans l’ouverture du détroit d’Ormuz et les débats autour d’une OTAN sans les États-Unis peuvent constituer un avantage stratégique pour Moscou. La Russie, qui ne souhaite pas voir l’Iran accéder au statut de puissance nucléaire, ne peut qu’être satisfaite de voir cet objectif devenir plus difficile sous la pression américaine. Par ailleurs, les dommages économiques infligés par l’administration Trump à ses alliés de l’OTAN ainsi qu’au Japon, à la Corée et à d’autres pays asiatiques affaiblissent le prestige des États-Unis, ce qui renforce l’attractivité relative de la Russie.
Par ailleurs, l’instabilité des politiques de l’administration Trump fragilise les alliés asiatiques des États-Unis, les poussant à rechercher des relations plus équilibrées avec la Chine. Dans ce contexte, il est probable que Pékin en tire des gains tangibles, tandis que la perception mondiale des États-Unis pourrait se transformer en profondeur, au bénéfice de la Chine.
Tant qu’un accord entre les États-Unis et l’Iran ne sera pas pleinement mis en œuvre et que la stabilité ne sera pas rétablie, les prix du pétrole devraient rester élevés, ce qui profitera à court terme à la Russie. La Chine, en revanche, a tout intérêt à une conclusion rapide de l’accord, tant les difficultés d’approvisionnement énergétique pèsent sur son économie.
La persistance de l’instabilité régionale au Moyen-Orient, combinée à des politiques américaines qui accroissent l’acceptabilité de la Russie et de la Chine à l’échelle mondiale, dessine un ordre international où l’imprévisibilité demeure. Dans un monde où les secousses deviennent la norme, où les puissances intermédiaires doivent constamment s’adapter et où les mécanismes de gouvernance internationale s’effacent devant les rapports de force, tous les acteurs seront mis à l’épreuve.
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