Des Juifs dégoûtés d’Israël : ils n’ont nulle part où aller

09:328/04/2026, mercredi
MAJ: 8/04/2026, mercredi
Ersin Çelik

Le quotidien Haaretz, connu pour ses critiques à l’égard de la politique intérieure israélienne, publiait la semaine dernière un entretien introduit par ces mots : "Difficile à entendre" . Son titre était sans détour : "Une part importante des Juifs aux États-Unis déteste Israël." Employer les termes "judaïsme" et "haine" dans une même phrase, et les associer à Israël, relevait encore il y a quelques années d’une accusation immédiate d’antisémitisme. Cela exposait à l’exclusion politique, médiatique

Le quotidien Haaretz, connu pour ses critiques à l’égard de la politique intérieure israélienne, publiait la semaine dernière un entretien introduit par ces mots :
"Difficile à entendre"
. Son titre était sans détour :
"Une part importante des Juifs aux États-Unis déteste Israël."

Employer les termes
"judaïsme"
et
"haine"
dans une même phrase, et les associer à Israël, relevait encore il y a quelques années d’une accusation immédiate d’antisémitisme. Cela exposait à l’exclusion politique, médiatique et culturelle, voire à une véritable disparition professionnelle.

Une rupture accélérée depuis Gaza


Tout a changé après le 7 octobre et le génocide entamé à Gaza. La colère qui s’est progressivement propagée à travers le monde contre Israël a fini par atteindre une intensité telle qu’elle a placé les Juifs non sionistes face à une véritable ligne de fracture, vis-à-vis de leur pays, mais aussi de leur pratique religieuse. Cette tension semble désormais se transformer en une forme de rejet intérieur.


Aux États-Unis, les débats au sein des cercles juifs montrent que le sentiment d’appartenance à Israël est profondément ébranlé.

Les anti-sionistes ne se contentent plus de refuser de soutenir les politiques israéliennes. Ils expriment désormais que leur identité juive elle-même est devenue un problème existentiel.


C’est ce que révèle Arielle Angel, rédactrice en chef du média Jewish Currents, dans son entretien accordé à Haaretz. Elle affirme clairement :

Une part très significative des Juifs américains est dégoûtée d’Israël.

Pendant des décennies, une loyauté indiscutable envers Israël constituait un principe structurant pour les Juifs américains, que ce soit en politique, dans les affaires ou dans la vie sociale. Aujourd’hui, cette loyauté apparaît pour certains comme un fardeau devenu insoutenable.


Une colère qui déborde et inquiète


Depuis plusieurs années déjà, certaines figures influentes du monde juif vivant hors d’Israël tiraient la sonnette d’alarme. Il y a deux ans, dans une analyse publiée à la même période, il était déjà question d’un basculement possible. À l’époque, Benjamin Netanyahou s’inquiétait des manifestations dans les universités américaines, appelant à leur arrêt immédiat. Parallèlement, Yuval Noah Harari mettait en garde contre les conséquences historiques d’une politique fondée sur l’arrogance et la vengeance envers les Palestiniens.


Les propos d’Arielle Angel, qui résonnent aujourd’hui en Israël, aux États-Unis et en Europe, doivent être compris comme un dernier avertissement, notamment pour les Juifs américains qui cherchent à se dissocier d’Israël.

Récemment encore, des millions d’Américains sont descendus dans la rue pour protester contre la guerre menée contre l’Iran. Cette mobilisation reflète une colère qui ne se limite plus aux réseaux sociaux, mais gagne également les médias dominants, malgré l’influence persistante des réseaux liés au capital sioniste.


Cette colère, les Juifs vivant aux États-Unis la ressentent directement. Ils voient circuler sur les réseaux sociaux des accusations les décrivant comme des acteurs exploitant les ressources du pays, influençant la politique et la bureaucratie, ou encore fragilisant la cohésion sociale.


Le risque est désormais que cette colère ne distingue plus entre "sionistes" et "anti-sionistes".

Arielle Angel qualifie ces populations de
"gens sans refuge".
Elle décrit une réalité préoccupante pour les Juifs américains cherchant à prendre leurs distances avec Israël : "Ils sont nombreux. Il n’existe pas d’institutions pour cette population croissante. De plus en plus de personnes prennent leurs distances avec un judaïsme centré sur Israël et le sionisme."

Elle ajoute que de nombreux Juifs américains, bouleversés par ce qui se passe à Gaza, s’éloignent également de certaines pratiques religieuses, par crainte d’être identifiés. Selon ses mots :


Il n’y a pas un seul rituel juif que les soldats israéliens n’aient pas vidé de son sens à Gaza ces deux dernières années.

Les observations d’Angel décrivent une forme
d’"apatridie ontologique"
. Le sionisme s’était imposé comme une idéologie censée protéger les Juifs de nouveaux génocides. Il s’est enraciné dans le monde entier et a acquis une influence majeure en Occident.

Mais aujourd’hui, ce sont des voix juives elles-mêmes qui affirment que le judaïsme doit être protégé du sionisme.


Il s’agit d’une rupture majeure.

À mesure que l’humanité prend ses distances avec Israël, elle semble aussi assister à un processus d’épuisement plus profond.


Dans un avenir proche, les médias occidentaux seront contraints de poser une question devenue inévitable :
"Le sionisme a-t-il protégé les Juifs, ou les a-t-il placés en première ligne de la colère mondiale ?"
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