L’Europe accélère les régulations des réseaux sociaux pour "protéger les enfants"

La rédaction avec
16:519/04/2026, الخميس
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L’Union européenne et plusieurs de ses États membres figurent également parmi les régions où de nouvelles réglementations sont actuellement à l’étude ou déjà mises en œuvre.
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L’Union européenne et plusieurs de ses États membres figurent également parmi les régions où de nouvelles réglementations sont actuellement à l’étude ou déjà mises en œuvre.

L’Union européenne (UE) et ses États membres accélèrent leurs travaux visant à instaurer des restrictions sur l’utilisation des réseaux sociaux par les enfants et les adolescents, en raison du temps passé de manière incontrôlée sur internet.

Ainsi, après l’annonce du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez selon laquelle l’Espagne envisage d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux enfants de moins de 16 ans, les initiatives et les débats autour de cette question ont été relancés à l’échelle européenne.

En effet, le temps passé dans l’univers numérique ne cesse d’augmenter au sein de la société. Parallèlement, les plateformes en ligne deviennent de plus en plus le théâtre de manipulations de l’opinion, de désinformation, de discours de haine et de fraudes liées à l’exploitation illégale de données personnelles.

De plus, les enfants, considérés comme le groupe le plus vulnérable parmi les utilisateurs des réseaux sociaux, sont particulièrement exposés à des phénomènes tels que le cyberharcèlement et la diffusion de contenus inappropriés.

Face à ces risques, de nombreux pays et organisations internationales à travers le monde mettent en place des cadres juridiques visant les entreprises de réseaux sociaux afin de mieux protéger les mineurs. Dans certains États, des régulations existent déjà dans ce domaine.

L’Union européenne et plusieurs de ses États membres figurent également parmi les régions où de nouvelles réglementations sont actuellement à l’étude ou déjà mises en œuvre.

Le Parlement européen appelle à fixer l’âge minimum à 16 ans

Les députés du Parlement européen ont adopté un rapport appelant à instaurer une limite d’âge de 16 ans pour l’accès des enfants aux réseaux sociaux dans l’ensemble de l’Union européenne.

Ce rapport, qui constitue une recommandation adressée aux autres institutions de l’UE, suggère également que les enfants âgés de 13 à 16 ans puissent accéder aux plateformes numériques uniquement avec l’autorisation de leurs parents.

Le texte souligne par ailleurs la nécessité pour la Commission européenne de développer un système de vérification de l’âge applicable dans toute l’Union et insiste sur l’importance de concevoir des plateformes numériques sûres et adaptées à l’âge des utilisateurs.

Le rapport attire également l’attention sur les risques physiques et psychologiques auxquels les enfants sont exposés en ligne. Il appelle notamment à protéger les mineurs contre les
"stratégies manipulatrices"
susceptibles d’encourager la dépendance et de nuire à leur capacité de concentration ainsi qu’à leur interaction saine avec les contenus numériques.

Situation dans les pays de l’Union européenne

Dans plusieurs pays de l’UE, l’accès des enfants aux réseaux sociaux est déjà conditionné à l’autorisation parentale. Dans de nombreux autres États, des travaux sont en cours afin d’introduire des limites d’âge pour l’utilisation de ces plateformes.

Le gouvernement irlandais s’apprête également à annoncer un projet visant à instaurer une limite d’âge pour l’utilisation des réseaux sociaux. Selon la chaîne publique irlandaise RTE, cette initiative fera partie de la nouvelle "Stratégie numérique et d’intelligence artificielle" qui doit être examinée par le cabinet.

Dans le cadre de ce plan, qui accorde une importance particulière à la sécurité en ligne, il sera confirmé que des lois sont en préparation afin de restreindre l’utilisation des réseaux sociaux pour les enfants de moins de 16 ans.

La Pologne interdira, à partir du 1er septembre, l’utilisation des téléphones portables dans les écoles pour les élèves de moins de 16 ans. Selon la chaîne publique polonaise TVP World, la ministre de l’Éducation Barbara Nowacka a déclaré à la presse que son pays rejoignait les États qui prennent des mesures pour limiter le temps passé devant les écrans et l’utilisation des réseaux sociaux par les enfants.

La ministre a indiqué que les travaux sur une importante réforme législative, jugée cruciale pour les écoles, étaient désormais finalisés. Cette réglementation, qui concerne les élèves de moins de 16 ans, entraînera l’interdiction de l’usage des téléphones portables dans les établissements scolaires à partir du 1er septembre.

En France, l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le texte devrait être examiné dans les prochaines semaines par le Sénat, la chambre haute du Parlement. Soutenue par le président Emmanuel Macron, la mesure devrait entrer en vigueur en septembre, au début de la prochaine année scolaire.

En Grèce, une application appelée « Kids Wallet », qui restreint l’utilisation des réseaux sociaux pour les enfants de moins de 15 ans tout en intégrant des outils de contrôle parental, est en vigueur depuis novembre 2025. Le ministère grec de la Gouvernance numérique poursuit également d’autres préparatifs en vue d’une interdiction complète pour les moins de 15 ans.

Au Danemark, le gouvernement est parvenu le 7 novembre 2025 à un accord visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux enfants de moins de 13 ans, tandis que les jeunes âgés de 13 à 15 ans pourraient accéder à certaines plateformes avec l’autorisation parentale. Le projet doit encore être examiné par le Parlement.

En Allemagne, la commission
"Protection des enfants et des jeunes dans le monde numérique"
, créée par le gouvernement, devrait formuler cette année des recommandations concernant les limites d’âge et l’interdiction des téléphones portables dans les écoles. Par ailleurs, l’utilisation des réseaux sociaux par les enfants âgés de 13 à 16 ans nécessite déjà l’autorisation des parents.

En Italie, la création d’un compte sur les réseaux sociaux pour les moins de 14 ans est également soumise à l’autorisation parentale. Des discussions politiques sont par ailleurs en cours afin d’introduire des règles plus strictes pour la protection des enfants.

L’Autriche envisage, quant à elle, d’interdire l’ouverture de comptes sur les réseaux sociaux aux enfants de moins de 14 ans.

Des projets de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans sont également en préparation en Slovénie, en Norvège et en République tchèque.

En Belgique, une loi interdisant l’utilisation des téléphones portables et d’autres appareils électroniques dans les écoles primaires et secondaires est déjà en vigueur. Parallèlement, des discussions politiques se poursuivent pour introduire des restrictions d’âge concernant l’usage des réseaux sociaux.

L’Espagne prévoit également d’introduire une limite d’âge fixée à 16 ans pour l’accès aux réseaux sociaux. Très critique à l’égard des plateformes numériques, le Premier ministre Pedro Sánchez a récemment déclaré que les réseaux sociaux étaient devenus une sorte de "Far West", assimilable à un État défaillant.

Sánchez a également indiqué que plusieurs mesures seraient envisagées contre les plateformes, notamment l’ouverture de poursuites pénales en cas de refus de retirer certains contenus, la sanction des manipulations algorithmiques et la coopération avec les procureurs afin d’enquêter sur les crimes commis sur les réseaux sociaux, en particulier ceux qui affectent les enfants.

Réactions aux propos de Sánchez

Après l’annonce de Pedro Sánchez concernant l’instauration d’une limite d’âge de 16 ans pour l’accès aux réseaux sociaux, l’homme d’affaires américain Elon Musk, propriétaire de X et de SpaceX, ainsi que Pavel Durov, cofondateur de l’application Telegram et entrepreneur technologique russe, ont vivement critiqué cette initiative.

Elon Musk a notamment qualifié le Premier ministre espagnol de
"cruel"
et de
"fasciste totalitaire".
Pavel Durov, de son côté, a affirmé que les régulations envisagées
"menaçaient les libertés sur internet"
et les a jugées
"dangereuses"
. Selon lui, ces mesures risqueraient de transformer l’Espagne
"en un État de surveillance sous couvert de protection".

Pedro Sánchez a réagi à ces critiques en déclarant :

Que les techno-oligarques aboient. C’est le signe que nous avançons sur la bonne voie.

Besoin de régulations "beaucoup plus fortes"

Dans une déclaration écrite adressée à l’Agence Anadolu, l’eurodéputé Barry Andrews a estimé que des régulations
"beaucoup plus fortes"
étaient nécessaires concernant les réseaux sociaux, tant au niveau de l’Union européenne que des États membres.
"Les réseaux sociaux peuvent être extrêmement nuisibles pour les enfants"
, a-t-il souligné.
Andrews a également indiqué que la loi sur les services numériques (Digital Services Act – DSA) devait être appliquée
"plus rapidement et plus fermement"
par la Commission européenne.
"L’Union européenne doit résister aux pressions venant des États-Unis sur cette question"
, a-t-il ajouté.
L’eurodéputé a par ailleurs rappelé que l’UE prévoit de mettre en œuvre cette année le cadre du Digital Wallet, qui permettra notamment la vérification de l’âge en ligne et contribuera à empêcher les enfants d’être exposés à des
"contenus terrifiants"
.
Enfin, Barry Andrews a appelé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, à appliquer la loi sur les services numériques de manière beaucoup plus rigoureuse :
"Cela signifie davantage d’enquêtes contre les plateformes qui ne respectent pas les règles et des amendes plus élevées"
, a-t-il conclu.

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