AIPAC : la fin de partie approche

09:2728/04/2026, Salı
MAJ: 28/04/2026, Salı
Abdullah Muradoğlu

Au Congrès américain bipartite, il existe en réalité une troisième force : le "Comité des affaires publiques américano-israéliennes (AIPAC)", autrement dit le "parti Israël d’abord". Organisation la plus puissante du lobby israélien, l’AIPAC s’est rendu de plus en plus visible sur la scène politique ces dernières années. Mais cette visibilité accompagne désormais un constat : à mesure que le soutien à Israël s’érode dans l’opinion publique américaine, la fin de partie semble se rapprocher pour l’AIPAC.

Au Congrès américain bipartite, il existe en réalité une troisième force : le "Comité des affaires publiques américano-israéliennes (AIPAC)", autrement dit le "parti Israël d’abord". Organisation la plus puissante du lobby israélien, l’AIPAC s’est rendu de plus en plus visible sur la scène politique ces dernières années. Mais cette visibilité accompagne désormais un constat : à mesure que le soutien à Israël s’érode dans l’opinion publique américaine, la fin de partie semble se rapprocher pour l’AIPAC.

Initialement actif auprès des deux partis, l’AIPAC a progressivement orienté son influence davantage vers les Républicains à partir de la présidence de Barack Obama.
La grande majorité des juifs américains continue toutefois de voter pour les Démocrates. Et ce, alors même que le Parti démocrate est celui où le soutien inconditionnel à Israël est le plus remis en question. Malgré leur fidélité quasi totale à Israël, les Républicains ne parviennent pas à obtenir le soutien attendu des juifs américains. Donald Trump, qui a entraîné les États-Unis dans une guerre contre l’Iran au profit d’Israël, a régulièrement exprimé sa colère face au soutien des juifs américains aux Démocrates, allant jusqu’à accuser ceux qui votent pour eux de ne pas être de
"véritables juifs".

Un basculement politique visible au Congrès


Le 15 avril, au Sénat américain, 40 des 47 sénateurs démocrates ont voté en faveur d’un projet de loi porté par Bernie Sanders, visant à suspendre la livraison de bulldozers militaires à Israël.
Il s’agit du plus grand nombre de votes défavorables à Israël jamais enregistrés dans une telle procédure.
Le texte visait à empêcher l’utilisation de bulldozers américains pour démolir des habitations à Gaza, en Cisjordanie et au Liban. Le projet a toutefois été rejeté avec le soutien de sept sénateurs démocrates et des Républicains.

Parmi ces sept démocrates figurait le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer. Celui-ci avait déclaré que son rôle consistait à garantir que les Démocrates restent pro-israéliens et que l’aide militaire à Israël se poursuive. Un autre opposant au texte était John Fetterman, qui affirme publiquement soutenir Israël en toutes circonstances.
Il convient de noter que Schumer comme Fetterman comptent parmi les principaux bénéficiaires des dons de l’AIPAC.

De nombreux sénateurs républicains réputés
"faucons"
, dont Lindsey Graham et Marco Rubio, figurent également en tête des listes de financement de l’AIPAC. L’organisation exerce une influence encore plus marquée sur les Républicains. Le rôle des
"sénateurs de l’AIPAC"
a notamment été déterminant dans la décision de Trump de déclencher une guerre contre l’Iran au profit d’Israël.

Une influence de plus en plus contestée


L’intervention de l’AIPAC dans les primaires en vue des élections de mi-mandat de novembre, afin de favoriser la victoire de candidats
"Israël d’abord"
, renforce l’idée que la politique américaine au Moyen-Orient est façonnée selon les intérêts israéliens. Et ce, alors même qu’une majorité d’électeurs s’oppose désormais au soutien inconditionnel à Israël.
L’influence de l’AIPAC au Congrès suscite ainsi une contestation croissante.

Le soutien bipartite à Israël s’érode, et comme le montre la panique croissante de l’AIPAC, ses années d’or semblent désormais derrière lui. Bien que l’organisation reste influente dans la politique américaine vis-à-vis d’Israël,
de plus en plus d’analyses estiment que cette situation ne pourra pas perdurer.

Les financements de l’AIPAC sont devenus particulièrement toxiques, notamment du côté démocrate. Autrefois perçus comme un avantage, ils sont désormais évités. L
es candidats démocrates aux primaires préfèrent fuir l’AIPAC comme la peste
, certains allant jusqu’à annoncer publiquement qu’ils refuseront tout financement de sa part.

Attendu comme candidat potentiel à la présidentielle de 2028 pour le Parti démocrate, le gouverneur de Californie Gavin Newsom déclarait en février :

Je n’ai jamais reçu de dons de l’AIPAC et je n’en accepterai jamais.

Ces propos ont suscité un large écho, d’autant plus que la Californie compte l’une des plus importantes populations juives des États-Unis.


Cory Archibald, dirigeant de l’organisation
"Track AIPAC",
créée pour surveiller les financements de l’AIPAC, a qualifié de
"très grande victoire"
le fait que Newsom se soit senti obligé de rejeter publiquement ces dons. Il a également affirmé :
Nous ferons de l’argent de l’AIPAC un enjeu central de l’élection de 2028. Regardez et vous verrez.

Même John Fetterman, pourtant fervent partisan d’Israël, voit son avenir politique fragilisé. Dans son État de Pennsylvanie, il est désormais marginalisé au sein du Parti démocrate. Invité sur CNN samedi, il a reconnu cette situation. Lors de l’émission, se décrivant comme
"le seul démocrate à soutenir Israël"
, Fetterman a déclaré :
"Je sais ce que disent les sondages. Tant que cette situation dure, Israël devient de plus en plus toxique. Mais je soutiendrai toujours Israël."

En résumé, l’AIPAC lui-même est désormais devenu un problème politique.

Gaza, où se déroule un génocide,
constitue l’un des facteurs majeurs de ce basculement dans l’opinion et dans les équilibres politiques américains.
#AIPAC Congrès
#Bernie Sanders
#Chuck Schumer
#Gavin Newsom
#John Fetterman