
Le Forum mondial de la décolonisation 2026 s’est tenu à Istanbul autour des héritages coloniaux et des transformations géopolitiques contemporaines. En marge de l’événement, le politologue français François Burgat a accordé un entretien dans lequel il a évoqué "l’agonie du suprémacisme blanc" à travers les crises internationales actuelles et la guerre à Gaza. Chercheurs et intellectuels ont également débattu du colonialisme algorithmique, des récits médiatiques et des déséquilibres mondiaux dans la production du savoir.
Le Forum mondial de la décolonisation 2026 s’est tenu au Centre culturel Atatürk à Istanbul, réunissant universitaires, journalistes, chercheurs et intellectuels venus de plusieurs régions du monde autour des héritages coloniaux et des transformations géopolitiques contemporaines. Organisé par l’Institute Social sous le thème "Décoloniser la production et la circulation des savoirs", l’événement a donné lieu à plusieurs débats sur les rapports de domination dans les médias, la culture, la technologie et les relations internationales.
Selon lui, plusieurs crises internationales récentes ont révélé les limites d’un ordre mondial longtemps dominé par les puissances occidentales et leurs récits politiques, médiatiques et idéologiques. François Burgat a notamment évoqué les fractures croissantes entre le Nord et le Sud global, ainsi que la remise en question des discours occidentaux sur les droits humains et le droit international.
Le forum s’est intéressé à la manière dont les structures héritées de l’époque coloniale continuent d’influencer les systèmes politiques, économiques et culturels contemporains. Les discussions ont également porté sur le colonialisme algorithmique, les déséquilibres dans la circulation de l’information et les nouvelles formes de domination intellectuelle dans l’espace numérique.
Parmi les participants figuraient plusieurs personnalités internationales du monde académique et intellectuel, dont Walter Mignolo, Mireille Fanon-Mendès France, Lilian Thuram, Joseph Massad ou encore Kemal Sayar.
Gaza, colonialisme et récits internationaux
Au cours des échanges, plusieurs intervenants ont établi un lien entre les débats sur la décolonisation et la guerre à Gaza, présentée par certains participants comme un révélateur des déséquilibres du système international contemporain. Les discussions ont porté sur le traitement médiatique du conflit, les rapports de pouvoir dans les institutions internationales et la place des voix du Sud global dans la production des récits mondiaux.
François Burgat a notamment insisté sur l’évolution des opinions publiques internationales face à la question palestinienne et sur l’émergence de nouvelles formes de solidarité transnationale. Selon lui, les réactions observées dans plusieurs régions du monde traduisent une remise en cause croissante des hiérarchies politiques et culturelles héritées de l’histoire coloniale.
Le forum a également abordé les conséquences des transformations technologiques et de l’intelligence artificielle sur la circulation du savoir et la hiérarchisation de l’information. Plusieurs chercheurs ont alerté sur les risques d’un renforcement des déséquilibres mondiaux à travers les plateformes numériques et les systèmes algorithmiques dominés par les grandes puissances technologiques.
Istanbul au cœur des débats intellectuels internationaux
En accueillant cet événement international, la Türkiye a cherché à consolider son rôle de plateforme de dialogue entre différentes traditions intellectuelles et différentes régions du monde. Le choix d’Istanbul comme ville hôte a illustré la volonté des organisateurs de créer un espace d’échange autour des enjeux liés à la décolonisation, aux transformations géopolitiques et aux nouvelles dynamiques du monde multipolaire.
Plusieurs institutions universitaires et centres de recherche internationaux ont participé au forum, parmi lesquels Al Jazeera Centre for Studies, Fudan University, University of Leeds et CLACSO.
Les organisateurs ont présenté cette rencontre comme la première étape d’un programme de réflexion plus large devant se poursuivre jusqu’en 2030 à travers des publications académiques, des conférences et des productions médiatiques consacrées aux enjeux de la décolonisation contemporaine.










