
Adoptée par le Sénat le 5 mai avec 208 voix contre 124, la proposition de loi visant à lutter contre "l’entrisme islamiste" s’impose désormais comme l’un des principaux sujets de confrontation politique en France à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Porté par le président des Républicains (LR) et ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, le texte prévoit de nouveaux dispositifs juridiques et administratifs destinés à lutter contre ce que ses défenseurs présentent comme des stratégies d’influence islamiste au sein des institutions, associations et structures publiques françaises.
Mais cette initiative suscite de fortes critiques à gauche ainsi que parmi plusieurs juristes, chercheurs et organisations de défense des libertés publiques, qui y voient une nouvelle étape dans la polarisation du débat politique autour des questions identitaires, sécuritaires et migratoires.
Le texte intervient dans un contexte de compétition accrue entre les différentes composantes de la droite et de l’extrême droite françaises, alors que Bruno Retailleau apparaît déjà comme l’un des candidats potentiels à la succession d’Emmanuel Macron.
La notion d’"entrisme" au cœur du projet de loi
Le texte repose principalement sur la notion d’"entrisme", définie comme une stratégie consistant pour un groupe idéologique ou religieux à investir progressivement des institutions ou structures afin d’y étendre son influence.
Ce document évoquait l’existence de réseaux liés à la mouvance des Frères musulmans dans plusieurs secteurs éducatifs, culturels et associatifs.
Le texte renforce aussi les contrôles préfectoraux sur certaines structures accueillant des mineurs et facilite le gel administratif des avoirs de personnes ou d’organisations accusées d’encourager des discours considérés comme discriminatoires ou haineux.
Libertés publiques et accusations d’électoralisme
Plusieurs magistrats et spécialistes du droit alertent toutefois sur le caractère jugé particulièrement large de certaines dispositions, notamment celles liées au gel administratif des avoirs sans condamnation pénale préalable.
Selon ces critiques, certaines mesures pourraient ouvrir la voie à des usages extensifs contre des associations, ONG, médias ou militants politiques.
À gauche, les critiques ont été particulièrement virulentes. Le président du groupe socialiste au Sénat, Patrick Kanner, a accusé Bruno Retailleau de transformer le Sénat en outil de campagne présidentielle.
Les groupes écologiste, socialiste et communiste dénoncent un texte qu’ils considèrent comme une nouvelle illustration de la droitisation du débat public français autour de l’islam et de l’immigration.
Le texte doit désormais être examiné par l’Assemblée nationale, où son adoption reste incertaine en raison des divisions persistantes au sein du camp présidentiel et des débats autour de l’équilibre entre sécurité et libertés publiques.










