La visite de Trump en Chine : des guerres commerciales à la recherche d’un compromis

09:3515/05/2026, vendredi
Kadir Üstün

La visite de Trump à Pékin apparaît comme l’un des signes les plus concrets du recul de la politique américaine de pression et d’endiguement contre la Chine. Le fait qu’il ait emmené avec lui les PDG des plus grands groupes technologiques américains montre surtout qu’il accorde désormais davantage d’importance aux accords commerciaux qu’à la confrontation géopolitique avec Pékin. Durant son premier mandat, Trump avait tenté d’exercer une pression intense sur la Chine à travers sanctions et surtaxes

La visite de Trump à Pékin apparaît comme l’un des signes les plus concrets du recul de la politique américaine de pression et d’endiguement contre la Chine. Le fait qu’il ait emmené avec lui les PDG des plus grands groupes technologiques américains montre surtout qu’il accorde désormais davantage d’importance aux accords commerciaux qu’à la confrontation géopolitique avec Pékin. Durant son premier mandat, Trump avait tenté d’exercer une pression intense sur la Chine à travers sanctions et surtaxes douanières. S’il poursuit partiellement cette ligne aujourd’hui, son second mandat donne davantage l’image d’une quête d’accords commerciaux.


La réponse chinoise, qui a consisté à démontrer que les sanctions et les tarifs douaniers pouvaient également nuire à la base électorale de Trump, ainsi que son contrôle sur les terres rares, ont influencé la politique américaine. Dans le contexte d’une guerre contre l’Iran et de la hausse des coûts énergétiques mondiaux, les États-Unis sont sous pression, et Trump semble peu désireux d’ouvrir une nouvelle guerre commerciale susceptible de déstabiliser encore davantage les marchés. La politique chinoise de Trump, très différente entre son premier et son second mandat, continue certes de prendre en compte des dossiers géopolitiques comme l’Iran, Taïwan ou la guerre en Ukraine, mais elle semble désormais évoluer vers une approche donnant la priorité aux intérêts commerciaux américains.


Du "gagnant-gagnant" à la politique d’endiguement


Lors de son premier mandat, Trump avait adopté une politique protectionniste totale en lançant une guerre commerciale contre la Chine. À son arrivée au pouvoir, il cherchait encore, selon les mots du secrétaire d’État de l’époque Rex Tillerson, des solutions fondées sur une formule "gagnant-gagnant" avec Pékin. Trump avait reçu Xi Jinping à Mar-a-Lago en avril 2017 et déclaré avoir réalisé de grands progrès. Mais la suite a été marquée par l’annonce de lourdes surtaxes contre la Chine et par une période de forte pression commerciale.


L’administration Trump a cherché à limiter l’espace d’action de Pékin sur de nombreux sujets, allant du vol de propriété intellectuelle aux transferts technologiques, en mettant en avant le déficit commercial américain avec la Chine. Washington a également exercé une pression sur des géants chinois comme Huawei. Trump a qualifié la Chine de manipulateur de monnaie et a apporté un soutien explicite aux manifestants de Hong Kong. Cette politique de forte pression a finalement conduit à la signature, au début de l’année 2020, d’un accord mettant fin à deux années de guerre commerciale.


La pandémie de Covid-19 n’a pas seulement empêché la pleine application de cet accord ; elle a aussi ouvert une période de profonde méfiance entre les deux pays. Les États-Unis ont alors constaté qu’ils étaient devenus incapables de produire certains équipements médicaux essentiels. Cette prise de conscience a poussé Washington à investir dans des secteurs critiques afin de réduire sa dépendance à la Chine sur les questions touchant à la sécurité nationale.


Après Trump, qui avait qualifié de génocide les actions de la Chine contre les Ouïghours lors de son dernier jour au pouvoir, l’administration Biden a maintenu les surtaxes et les mesures protectionnistes, tout en réévaluant la relation avec Pékin. Biden a certes cherché des possibilités de coopération avec la Chine sur des sujets comme le changement climatique, mais il a également pris des mesures telles que l’interdiction d’exporter certains composants électroniques stratégiques. Concernant la guerre en Ukraine, Biden a aussi accentué la pression sur Pékin et mené une politique d’endiguement à travers des initiatives comme l’AUKUS et le QUAD.


Faut-il poursuivre les guerres commerciales ?


Trump a commencé son second mandat en annonçant de nouveaux tarifs douaniers contre de nombreux pays à l’occasion de ce qu’il a appelé le
"Jour de l’indépendance"
, envoyant ainsi le signal d’un retour des guerres commerciales. Alors que plusieurs États ont cherché à négocier une baisse de ces taxes, la Chine a montré qu’elle disposait également de capacités de riposte et qu’elle n’hésiterait pas à utiliser son levier sur l’économie américaine.

Face aux restrictions américaines dans les technologies de pointe, Pékin conserve l’atout majeur des terres rares et a démontré que Washington ne pourrait pas sortir gagnant d’une guerre commerciale. Très dépendante de l’Iran pour son approvisionnement pétrolier, la Chine a aussi montré, en maintenant son soutien à Téhéran, qu’elle n’avait aucune intention de faciliter la tâche des États-Unis.


Comme lors de son premier mandat, Trump continue d’utiliser la pression commerciale comme un levier pour obtenir des accords économiques. Le fait qu’il ait débarqué à Pékin accompagné des dirigeants des plus grandes entreprises américaines en est la preuve la plus claire. Trump était entouré de géants technologiques comme
Apple, Nvidia, Qualcomm, Meta, Cisco et Tesla, mais aussi de mastodontes financiers tels que BlackRock, Citigroup, Goldman Sachs, Mastercard et Visa.

L’absence d’entreprises du secteur de la défense dans cette délégation montre clairement que cette visite était avant tout tournée vers le commerce
et que les États-Unis n’ont pas l’intention d’aller vers une rupture totale avec la Chine. Pour Trump, la Chine apparaît davantage comme un partenaire géoéconomique potentiel que comme un rival idéologique ou géopolitique.

Trump a démontré qu’il n’hésiterait pas à utiliser les guerres commerciales comme instrument de pression, mais son objectif stratégique semble être avant tout de parvenir à un accord favorable aux intérêts commerciaux américains.


Cette visite apparaît ainsi comme le signe d’un glissement du slogan "America First" vers l’idée que
"l’Amérique a besoin de la Chine".
L’économie américaine reste fortement dépendante des infrastructures de production chinoises, des chaînes d’approvisionnement mondiales et des terres rares. Washington souhaite limiter l’ascension de Pékin, mais les réalités de l’économie mondiale compliquent cette ambition.

Du point de vue chinois, les difficultés rencontrées par les États-Unis entre l’Ukraine, Gaza, l’Iran et leurs fragilités économiques représentent un avantage stratégique. Un éventuel compromis de Trump sur Taïwan en échange d’un accord commercial renforcerait la position de Pékin tout en inquiétant les alliés américains dans la région.


La manière dont Trump instrumentalise les dossiers géopolitiques au profit des intérêts commerciaux pourrait devenir une dynamique centrale dans les relations avec la Chine. Malgré les discours américains sur l’endiguement géopolitique et la confrontation idéologique avec Pékin, Washington semble conscient qu’il devra finalement adopter une politique donnant la priorité à ses intérêts économiques.

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