
Le dossier Epstein, qui circule depuis longtemps et dont certaines parties ont déjà été rendues publiques, a été rouvert par le ministère américain de la Justice. Je vais d’emblée formuler le jugement qu’il faut, selon moi, exprimer. Il s’agit d’un événement historique. Nous assistons à la mort du processus moderne capitaliste que nous connaissons, lequel agonisait depuis longtemps. La modernité capitaliste, qui n’a en réalité jamais constitué une civilisation mais qui a toujours prétendu l’être, a connu son dénouement à travers cette terrible corruption. Avec trois millions d’échanges écrits, de fichiers de communication et d’innombrables images, l’égout de la modernité capitaliste a explosé et s’est déversé sur l’humanité.
Il faut d’abord diagnostiquer cette maladie. Son évolution a suivi deux axes principaux. Le premier débute au début des années 1970 avec la financiarisation incontrôlée connue sous le nom de Nixon Shock. Ce processus s’est approfondi parallèlement au déclin productif de l’Occident. Ce qui confère sa valeur à une monnaie est son équivalent dans la production réelle. Une monnaie sans contrepartie productive est qualifiée de mauvaise monnaie. Selon la conceptualisation connue sous le nom de loi de Gresham, il s’agissait d’une "mauvaise" monnaie. Elle ne s’est pas contentée de chasser la bonne monnaie, elle s’est transformée en un instrument diffusant la corruption partout où elle circulait. Elle n’a laissé aucun domaine intact.
C’est précisément ce que les milieux qui se disent conservateurs ne comprennent pas toujours, souvent par naïveté. Lorsqu’il existe une corruption morale, l’une des causes principales, sinon la cause dominante, réside dans la rupture de l’équilibre entre actifs financiers et production réelle. Derrière chaque récit de Sodome et Gomorrhe se cache cette réalité.
Ce capital financier produisait également des transformations intellectuelles et culturelles. Un nouveau type d’être humain est apparu, façonné par l’opportunisme, la compétition agressive et une obsession exclusive pour l’enrichissement matériel et la consommation. Cela constituait aussi l’interprétation la plus dégénérée de l’idéal de sécularisation. La mauvaise monnaie s’est infiltrée dans les industries culturelles, établissant l’hégémonie mondiale de ce nouveau modèle humain.
Hitler n’est pas apparu soudainement. Considérer Hitler et l’Holocaust (génocide systématique des Juifs par l’Allemagne nazie durant la Seconde Guerre mondiale) comme un accident historique ne peut s’expliquer que par une ignorance historique. L’Holocaust représente la forme la plus extrême de la Reconquista (processus d’expulsion forcée des musulmans et des juifs d’Espagne et d’établissement de la domination chrétienne en 1492).
L’expansion excessive du capital financier dominé par les milieux juifs s’est progressivement transformée en une forme de folie. Ce processus s’est mis à fonctionner contre l’économie elle-même. La relation entre déclin de la production économique et gonflement financier a fini par produire une crise antéconomique. Tirer des profits excessifs du déclin économique est devenu une motivation centrale pour les barons de la finance. Un système de lumpenisation nourri par la contraction des économies s’est développé.
Après l’effondrement de l’Union soviétique, cette tendance atteignit son apogée. Le néolibéralisme et le néoconservatisme en furent les vecteurs idéologiques. Le discours dominant s’appuyait sur la notion de liberté. L’équilibre entre liberté et sécurité fut profondément bouleversé. Ce phénomène peut être qualifié de fétichisation de la liberté. Pourtant, l’équilibre entre liberté et sécurité repose sur des fondements d’économie politique. Le destin des sociétés ne peut être sacrifié aux forces économiques absolues. La valeur d’échange économique est régulée par le politique et les institutions publiques. Le monde financier s’est attaqué violemment aux institutions assurant cet équilibre, notamment l’État social et les structures publiques nationales.
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