Réponse à la pseudo enquête de StreetPress sur Nouvelle Aube

La rédaction
16:3826/03/2026, Perşembe
MAJ: 26/03/2026, Perşembe
Yeni Şafak
Nouvelle Aube démonte les accusations infondées de StreetPress et dénonce une attaque idéologique déguisée en enquête.
Crédit Photo : Nouvelle Aube /
Nouvelle Aube démonte les accusations infondées de StreetPress et dénonce une attaque idéologique déguisée en enquête.

Suite à la publication d’une attaque diffamatoire présentée comme une enquête visant Nouvelle Aube par le média français StreetPress, nous avions réservé notre droit de réponse. Aujourd’hui, nous avons décidé de répondre à ces accusations, non pas dans une logique de justification, mais par souci de transparence envers nos lecteurs.

Il ne s’agit pas ici de nous défendre pour exister, mais de remettre les faits à leur place face à des affirmations graves présentées comme acquises sans véritable démonstration.
D’ailleurs, nos lecteurs ont parfaitement compris ce qui se jouait. La réaction a été immédiate et mesurable : nous sommes passés de 200 000 abonnés à plus de 285 000 sur Facebook et 179 00 sur Instagram depuis la publication de cet article diffamatoire. Une telle progression, dans un laps de temps aussi court, traduit non seulement une défiance envers les accusations formulées, mais aussi un renforcement de la confiance envers notre travail. Lorsqu’un média est attaqué et que son audience augmente dans la foulée, cela en dit long sur la réception réelle de cette attaque.
Pour rappel, StreetPress nous accusait d’être antisémite, islamophobe, complotiste, entre autres. Des qualificatifs lourds, qui devraient normalement reposer sur des éléments précis, vérifiables et contextualisés. Or, aussitôt après la publication de cet article, la page Wikipedia a été mise à jour comme si ces accusations étaient déjà établies.
Cette rapidité interroge : comment une accusation devient-elle quasi instantanément un “fait” ?
Cela soulève la question des circuits de diffusion de l’information et des relais qui transforment des allégations en vérité apparente sans contradictoire.

Lien du journaliste avec Conspiracy Watch



Tout d’abord, il faut savoir que le journaliste Victor Mottin, auteur de cet article, travaille également pour
. Ce n’est pas un détail anodin, mais un élément central pour comprendre l’angle et la nature de l’attaque.

Crédit Photo : Capture du site Internet /
"Je ne porterai plus jamais de gilet jaune", un sujet préparé par Victor Mottin

Ainsi, StreetPress s’appuie sur des profils liés à une structure qui fonctionne comme une officine idéologique alignée sur la défense des intérêts israéliens.
Conspiracy Watch, sous couvert de lutte contre le complotisme, s’est en réalité imposé comme un outil de disqualification systématique de toute voix critique à l’égard de la politique de
Benjamin Netanyahu
, y compris lorsqu’il s’agit de dénoncer des faits largement documentés sur le terrain.
Les thématiques récurrentes de ce site sont révélatrices :
, les ONG de défense des droits humains, l’immigration, l’Islam. Autrement dit, tous les sujets qui dérangent un certain ordre narratif sont ciblés. En parallèle, le site met régulièrement en avant des figures médiatiques bien identifiées comme Caroline Fourest ou Bernard-Henri Lévy, connues pour leurs positions alignées sur ces mêmes lignes idéologiques.
Sur Conspiracy Watch, Francesca Albanese
est elle-même accusée d’antisémitisme et de "complotiste", ce qui illustre parfaitement le mécanisme : toute critique d’Israël est disqualifiée en accusation morale. Plus récemment encore, la démission de
Joe Kent
de son poste de directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme y est présentée comme relevant d’une
.
Ce fonctionnement pose une question simple : s’agit-il réellement de lutte contre le complotisme, ou d’un outil visant à délégitimer toute voix dissidente sur des sujets sensibles ?


Une enquête bafouée


Pour commencer, l’article de StreetPress débute par une erreur factuelle élémentaire. StreetPress affirme que nous ne sommes pas basés à
Ankara
, alors que nous sommes en réalité basés à
Istanbul
.
Pour le vérifier, il suffisait simplement de consulter les mentions
. Cela peut paraître anodin, mais ce type d’erreur révèle un problème bien plus profond : le B-A BA du travail journalistique n’a pas été respecté.
Vérifier une information de base est une exigence minimale.
Dans notre métier, ce niveau d’approximation correspond à celui d’un stagiaire. Et lorsque, dès les premières lignes, le travail élémentaire n’est pas fait, cela donne immédiatement une indication sur la rigueur du reste de l’article. On comprend très vite à quoi s’attendre : une accumulation d’approximations présentées comme des certitudes.
Le premier reproche que nous adresse StreetPress concerne nos interviews.
StreetPress nous reproche d’avoir interviewé
, avec un objectif à peine dissimulé : nous faire passer pour un relais ou un soutien de l’antisémitisme. Il faut pourtant rappeler une évidence que tout journaliste est censé connaître :
interviewer quelqu’un ne signifie pas adhérer à ses propos.
Cela signifie lui donner la parole dans un contexte précis, pour éclairer un sujet donné.

Dans ce cas précis, il s’agissait de la polémique qu’il avait déclenchée en évoquant le 7 octobre. Il a pu s’exprimer à notre micro, nous l’avons interrogé, puis nous l’avons remercié. C’est le fonctionnement normal d’un média. Refuser d’interviewer des profils controversés reviendrait à appauvrir le débat public et à sélectionner les intervenants en fonction de leur conformité idéologique.

Il suffit de lire Nouvelle Aube pour y trouver des voix critiquant la galaxie soralienne sur le fond . Mais Street Press a choisi une lecture sèlective .

Mais pour StreetPress, le simple fait d’interviewer Dieudonné ou de relayer une actualité le concernant devient problématique. En revanche, lorsque ce même Dieudonné s’exprime dans un
ou chez un YouTubeur français, cela ne pose aucun problème.
La logique est donc claire : ce n’est pas la personne qui dérange, c’est le média qui lui donne la parole. Deux poids, deux mesures assumés.
StreetPress nous reproche également d’avoir interviewé le militant panafricaniste Kémi Séba, ainsi que la journaliste
, devenue persona non grata depuis qu’elle a critiqué le pouvoir français.
Myriam Palomba est pourtant chroniqueuse
, une chaîne franco-israélienne : Là encore, le raisonnement est incohérent. Lorsqu’un média israélien donne la parole à ces profils, cela ne suscite aucune réaction. Lorsqu’il s’agit de Nouvelle Aube, cela devient immédiatement suspect.
Donc, selon StreetPress, nous serions un relais de l’antisémitisme…
alors même que nous donnons la parole à une journaliste juive travaillant pour une télévision israélienne.
L’argument ne tient pas. Il repose sur une construction idéologique, pas sur des faits.
En réalité, StreetPress reprend exactement le même logiciel que certaines figures politiques comme
Caroline Yadan ou Meyer Habib
: toute critique d’Israël doit être assimilée à de l’antisémitisme. C’est un procédé classique de disqualification, qui permet d’éviter le débat de fond en le remplaçant par une accusation morale.
Nous donnons la parole à des
comme nous la donnons à d'autres, ni plus, ni moins . Pour nous, la religion ou la nationalité ne sont pas des critères. Ce qui compte, c’est la parole, le contexte et l’intérêt du sujet traité.
Notre ligne est simple : donner la parole à ceux qui en sont privés dans un espace médiatique déjà fortement verrouillé.
Mais pour StreetPress, vous pouvez critiquer Netanyahu… à condition de le faire en silence, ou de ne pas être entendu.
Pour appuyer sa thèse sur l’antisémitisme, StreetPress se base également
, éditeur en chef du site Yeni Şafak, qui existe en plusieurs versions et dont certaines ont été traduites en français.

Dans cette chronique, il attirait l’attention sur l’existence de lobbies sionistes ayant contribué à marginaliser des figures pro-palestiniennes, comme Susan Sarandon, qui ne trouvent plus de travail à Hollywood après leurs prises de position.

StreetPress tente de faire croire que ces lobbies n’existent pas et que la réalité du terrain serait différente. Or les faits montrent exactement l’inverse : de nombreuses personnalités ont perdu des contrats, des rôles ou des opportunités pour avoir exprimé leur soutien à la Palestine. Cette pression n’est pas théorique, elle est observable et documentée.

Notons que cette pression existe même au sein d’institutions de mémoire de la Shoah à travers le monde …contre des historiens juifs et israéliens.

Nier cette réalité, c’est nier des faits visibles et largement relayés, y compris dans des médias internationaux.


Les accusations d'homophobie


StreetPress s’en prend également à notre éditorialiste Ersin Çelik pour ses positions, notamment lorsqu’il considère qu’Israël et la propagande LGBT figurent parmi les dynamiques les plus destructrices de notre époque. Par ailleurs, Çelik a fait parti de la flottille pour Gaza l'année dernière.

Street Press s’en prend également aux positions de cet éditorialiste concernant une certaine propagande coloniale autoproclamée pro LGBT

Est-ce un crime d’être conservateur ? Tous les conservateurs sont-ils d’extrême droite ? S’agit il de sommer l’humanité entière d’adhérer à idéologie queer ou de se voir déclarer la guerre ?

Cette démarche existe . Elle porte un nom :
pinkwashing
, soit la propagande consistant par exemple pour Israël et les Etats Unis à présenter les invasions de pays souverains comme une défense des femmes et des LGBT.

À l’échelle internationale, ces deux sujets font aujourd’hui l’objet de controverses majeures. Il ne s’agit pas de positions marginales, mais de débats réels, présents dans de nombreux pays et dans différents courants intellectuels.

Face à la politique d’un gouvernement que nous considérons comme génocidaire et face à l’influence croissante de certains groupes de pression sociétaux dans l’élaboration des normes publiques, nous prenons position. Nous ne faisons pas semblant.

Contrairement à StreetPress, qui se revendique du côté des musulmans mais n’a consacré qu’une dizaine d’articles à l’islamophobie en quinze ans. Là encore, les faits parlent d’eux-mêmes.

Il faut enfin rappeler un principe simple : chacun a ses convictions.

En tant que Nouvelle Aube, nous sommes attachés à des valeurs familiales et traditionnelles. Cela fait partie de notre identité éditoriale.

Pour autant, nous considérons que la vie privée relève de chacun. Nous n’acceptons ni la haine envers les personnes, ni la violence, quelle qu’en soit la forme.

Nous sommes attachés à la liberté individuelle. Mais nous refusons qu’au nom de cette liberté, certains cherchent à imposer une vision unique, à délégitimer toute critique ou à faire taire des positions divergentes.


Les Loups Gris, qu'est ce que c'est ?


StreetPress affirme que nous serions alignés sur les
"positions de l’extrême droite turque"
. C’est un double mensonge. D’abord, il y a un problème fondamental de méthode et de précision.
Affirmer qu’un média serait aligné sur l’extrême droite sans citer une seule position concrète, un seul article, une seule analyse ou déclaration précise revient à formuler une accusation générale sans démonstration.
En journalisme, une qualification aussi lourde ne peut pas reposer sur des insinuations. Elle exige des éléments vérifiables, identifiés et contextualisés. Ici, il n’y a rien de tout cela.
Ensuite, il y a une contradiction évidente. Si nos contenus publiés montrent une ligne éditoriale qui ne correspond pas à celle de l’extrême droite, alors l’accusation doit être étayée par des exemples précis. À défaut, elle relève clairement du procès d’intention.
On ne peut pas qualifier un média sans démontrer en quoi ses positions correspondent à cette étiquette.
Sinon, ce n’est plus du journalisme, c’est de la disqualification.
Il y a également un problème majeur d’amalgame. Parler de
"l’extrême droite turque"
comme d’un bloc homogène sans définir ce que cela recouvre entretient volontairement la confusion. S’agit-il de nationalisme ? De conservatisme ? De positions sécuritaires ? De politique étrangère ?
Sans clarification, cette expression devient une étiquette fourre-tout, utilisée non pas pour analyser mais pour discréditer. C’est un raccourci commode qui évite d’entrer dans le fond.

Enfin, sur le plan éthique, qualifier un média d’alignement idéologique sans démonstration détaillée pose un problème sérieux. La critique est légitime en journalisme. Mais l’accusation, elle, suppose une rigueur. En l’absence de preuves, cela s’apparente davantage à une tentative de délégitimation qu’à un travail d’enquête.

D’autant plus que les partis dits d’extrême droite en Türkiye sont multiples et loin de former un bloc unique. Le plus ancien et le plus connu est le
MHP, allié d’Erdogan.
Mais plusieurs formations en sont issues à la suite de divergences politiques : le Iyi Parti, le Zafer Partisi, l’Anahtar Parti. Or, ces partis ont, à différents moments, noué des alliances avec des formations de gauche, notamment le CHP, parti kémaliste d’opposition qui se réclame défenseur de la laïcité.
Pour que le lecteur comprenne bien : c’est comme si en France, LFI et Reconquête d’Éric Zemmour formaient une alliance électorale. C’est exactement ce type de configuration politique que l’on observe en Türkiye.
Cela démontre à quel point la grille de lecture simpliste utilisée par StreetPress est déconnectée de la réalité.

Sommes-nous proche d'Erdogan ?


Le groupe Albayrak Group a été fondé en 1952. Sa branche médiatique, Albayrak Medya, a vu le jour en 1995. C’est dans ce cadre que le journal Yeni Şafak a été créé en 1998 à Istanbul.

Avec le temps, le groupe s’est structuré à l’international. Après les versions anglaise et arabe, la version française,
Nouvelle Aube, a été lancée en novembre 2022.
D’autres éditions ont ensuite été développées, notamment en russe et en ourdou.

Contrairement aux autres déclinaisons qui ont conservé la marque Yeni Şafak, la version française a fait le choix d’une identité propre. Ce choix traduit une adaptation à l’espace médiatique francophone, ainsi qu’une véritable autonomie éditoriale dans le traitement de l’information.

Aujourd’hui, près de 98 % des contenus publiés par Nouvelle Aube concernent des sujets internationaux. Le site et les réseaux sociaux s’appuient à la fois sur des dépêches d’agences et sur des productions internes centrées sur les dynamiques globales. Les sujets liés à la Türkiye ne sont traités que lorsqu’ils s’inscrivent dans un contexte international. En pratique, cela signifie que la politique intérieure n’est quasiment pas couverte.
Les déclarations politiques relayées concernent uniquement les responsables impliqués sur la scène internationale, comme le Président Recep Tayyip Erdoğan, le ministre des Affaires étrangères ou celui de la Défense. Les débats politiques internes ne relèvent pas de notre ligne éditoriale.
Dès lors, exiger de Nouvelle Aube une critique systématique de la politique intérieure d’Erdogan revient à ignorer volontairement le périmètre réel de notre travail.

Par ailleurs, il convient de rappeler un fait souvent absent de ces critiques : lors de la tentative de coup d’État du coup d'État manqué en Türkiye du 15 juillet 2016, un de nos confrères, Mustafa Canbaz, a été tué par les militaires putschistes. Ce drame n’est pas un détail. Il rappelle que certains journalistes en Türkiye ont payé de leur vie leur opposition à une prise de pouvoir par la force. Réduire aujourd’hui leur engagement à une simple posture politique relève d’un effacement problématique de cette réalité.

Il est de notoriété publique que la version turque de Yeni Şafak adopte une ligne globalement favorable aux orientations politiques d’Erdogan. Mais cette position ne signifie pas absence de débat. Des critiques ont été publiées, notamment sur la politique économique ou sur l’hypothèse d’une libération du leader du PKK.

La question centrale mérite d’être posée sans détour : si certaines politiques d’un dirigeant correspondent aux valeurs d’un média, pourquoi faudrait-il s’interdire de les soutenir ?
Faut-il ignorer que la
droite
turque a historiquement développé
une approche plus ouverte envers les populations immigrées
, tandis qu’une partie de la gauche adopte des positions plus restrictives ?

Faut-il passer sous silence que les gouvernements d’Erdogan ont mis fin à la tutelle militaire sur la vie politique, un tournant majeur pour la démocratie civile en Türkiye ?

Faut-il nier les avancées en matière de libertés religieuses, notamment la levée des restrictions sur le port du voile dans les institutions publiques, ou la restauration des églises ?

Faut-il oublier l’ouverture sur la question kurde, avec
l’autorisation de la langue kurde
dans l’espace public et la création d’une
en kurde, là où ces expressions étaient auparavant interdites ?

Faut-il ignorer que, dans plusieurs régions kurdes, le pouvoir actuel arrive en tête ou en seconde position, ce qui contredit les lectures simplistes d’une opposition uniforme ?

Faut-il enfin passer sous silence les discussions engagées pour mettre fin au conflit avec le PKK, quand certains acteurs préfèrent maintenir une logique exclusivement militaire ?


Parmi toutes ces politiques, lesquelles devraient être rejetées par principe ?

La question n’est donc pas de savoir si un média est
"pro"
ou "anti" un dirigeant. Elle est de savoir s’il est capable d’analyser, de distinguer et, lorsque cela est cohérent avec ses valeurs, d’assumer un positionnement.
Réduire cela à une allégeance relève moins de l’analyse que d’une tentative de disqualification.
Et, en creux, d’une difficulté à accepter l’existence de voix médiatiques qui échappent aux cadres dominants du débat occidental.

Tentative de liaison hasardeuse


Par ailleurs, StreetPress s’en prend à
, un militant associatif ayant publié quelques articles à titre bénévole, et qui n’a jamais été membre de la rédaction. Malgré cela, il est diffamé publiquement, sa vie privée est exposée, allant jusqu’à la publication d’une photo du mariage de son fils.

Ils lui inventent une proximité avec l’extrême droite en s’appuyant, une fois encore, sur des sources ouvertement anti-turques. Ce type de procédé dépasse le cadre du journalisme pour entrer dans celui de l’attaque personnelle.

Nous laissons à M. Gedikoğlu le soin de répondre à ces allégations. A notre connaissance, il a envoyé un droit de réponse qui n'a toujours pas été publié à ce jour. Mais de là à évoquer les
"loups gris"
comme une organisation structurée et active, il y a un pas qui relève clairement de la construction fantasmée.
L’accusation des
"loups gris"
revient d’ailleurs régulièrement lorsqu’il s’agit de discréditer les Turcs. Comme l’étiquette
"Frères musulmans"
utilisée de manière abusive contre les musulmans, le terme
"loups gris"
est devenu un outil fourre-tout servant à amalgamer, simplifier et stigmatiser.
Dans la réalité, le loup est un symbole ancien de la culture turque.
Le terme
"Bozkurt"
désigne historiquement une figure de patriotisme. En clair, StreetPress en vient à assimiler le fait d’être patriote à une appartenance idéologique extrême.
Par ailleurs, le CHP (Cumhuriyet Halk Partisi), donc le parti qu'on peut classer comme le Parti Socialiste de la Turquie, est traditionnellement défini par ses
(Altı Ok) représentant le kémalisme : républicanisme,
nationalisme
, populisme, étatisme, laïcité et révolutionnarisme. Pourquoi donc un parti de gauche se revendiquant nationaliste ne pose pas de problème ?

Le plus révélateur, c’est que StreetPress semble croire que le signe des loups gris serait l’apanage d’un seul parti. Or, ce qu’ils ignorent – ou feignent d’ignorer – c’est que ce symbole est utilisé bien au-delà, y compris par des figures et des partis que StreetPress lui-même présente comme progressistes.

Voici une vidéo de l’ancien leader du CHP faisant le signe des loups gris :

La chaine TELE1 est une chaine privée affiliée au CHP

Le leader actuel du CHP aux côtés d’une figure connue pour ses propos virulents, ayant incité certains à s’en prendre physiquement aux Syriens :

Un parti de gauche peut faire alliance avec l'extrême de la ultradoite turque ?

Le CHP a également été allié à Meral Akşener, présidente du Iyi Parti, issue d’une scission du MHP :

6 partis dont des islamistes et des nationalistes ont fait avec le parti d'Ekrem Imamoglu du CHP kémaliste et laic.

Ces éléments démontrent une chose simple : la réalité politique turque est complexe, mouvante, et ne peut pas être réduite à des catégories simplistes importées du débat français.

En utilisant ces raccourcis, StreetPress ne fait pas un travail d’analyse. Il fabrique une narration.


La reconnaissance sélective des génocides


De la même manière, StreetPress s’indigne que nous ne reconnaissions pas le génocide arménien, en présentant cette position comme une preuve supplémentaire à charge.
Là encore, la question est traitée de manière simpliste et à sens unique. Les procès de 1920-1921 n’ont pas abouti à une conclusion judiciaire établissant que les Turcs auraient commis un génocide tel qu’il est défini aujourd’hui. Le débat historique existe, il est complexe, et il ne peut pas être tranché par des injonctions médiatiques ou des raccourcis idéologiques.
Si l’on utilise le terme de génocide pour 1915,
alors la cohérence impose de reconnaître également d’autres tragédies massives, largement ignorées dans les récits dominants :
le génocide des Circassiens
, qui a fait environ
1,5 million de victimes musulmanes, le génocide des Abkhazes
, celui des Tatars de Crimée, ainsi que l’expulsion massive des musulmans des Balkans.
Entre 1821 et 1923, ce sont entre 5 et 7 millions de musulmans qui ont été tués ou déplacés par des États comme la Serbie, la Bulgarie ou la Grèce.
Des historiens comme Justin McCarthy évoquent à ce sujet un immense nettoyage ethnique oublié. Pourtant, ces événements restent largement absents des récits médiatiques occidentaux, tandis que les souffrances chrétiennes, notamment arméniennes et grecques, sont, elles, fortement mises en avant.
Cette asymétrie n’est pas neutre, elle traduit un déséquilibre profond dans la manière dont l’histoire est racontée. Souvent, certains pays, l'utilisent ces évènements comme une arme politique contre la Türkiye.
L’Occident, dans sa posture de donneur de leçons, continue de présenter la Türkiye comme l’éternel bourreau des minorités chrétiennes, tout en invisibilisant les violences subies par les populations musulmanes.
Ce biais est clair : il repose sur un narratif eurocentré, sur des alliances géopolitiques historiques et sur un orientalisme persistant qui hiérarchise les souffrances selon leur origine.
Par ailleurs, il est totalement ignoré que, depuis plusieurs années, la Türkiye et l’Arménie ont engagé un processus de rapprochement. Des discussions sont en cours, et la réouverture des frontières est régulièrement évoquée. Dans le passé, le président arménien,
s’est même rendu en Türkiye, et Recep Tayyip Erdogan a été vivement critiqué,
, pour avoir engagé ce processus de dialogue.

Ceux qui s’acharnent à instrumentaliser le passé sans tenir compte des dynamiques actuelles ne contribuent pas à la paix. Ils entretiennent les tensions au lieu de les apaiser. Refuser de voir les efforts de normalisation, ignorer les initiatives diplomatiques en cours, revient à alimenter une logique de confrontation permanente.

Nous sommes convaincus qu’un travail historique sérieux, mené par des chercheurs et non par des éditorialistes, permettra d’approcher la vérité de manière plus rigoureuse.
Mais instrumentaliser cette tragédie, tout en refusant de reconnaître les massacres subis par les populations musulmanes et le rôle des puissances occidentales dans ces événements, relève d’une lecture sélective, donc biaisée.
Il ne faut pas oublier non plus le contexte :
1915 se situe en pleine Première Guerre mondiale, dans un moment de chaos global, de conflits multiples et d’effondrement d’empires.
Enfin, il est difficile de ne pas relever une contradiction flagrante : certains discours contemporains parlent du
“plus grand pogrom du XXIe siècle”
pour environ 1500 morts — ce qui est évidemment tragique — tout en niant, dans le même temps, des massacres bien plus massifs ailleurs.
Cette logique sélective permet de comprendre comment certaines narrations historiques se construisent, et pourquoi certaines souffrances sont reconnues tandis que d’autres sont reléguées au silence.

Qualification d'antisémite en évoquant Roger Garaudy


StreetPress ment lorsqu’il affirme que nous serions négationnistes au motif qu’un de nos éditeurs a qualifié
"Roger Garaudy"
de philosophe — et non d’intellectuel. Ce type d’accusation relève d’un amalgame grossier. Roger Garaudy (1913-2012) était effectivement un philosophe français, ancien résistant durant la Seconde Guerre mondiale, membre du Parti communiste français — dont il a été exclu en 1970 pour ses critiques de l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie — et auteur de plus de 50 ouvrages portant sur la philosophie politique, le marxisme et d’autres domaines.
Il s’est converti à l’islam en 1982 et a épousé une femme palestinienne
, Salma Farouki, avec laquelle il a partagé des engagements pro-palestiniens. Dans ce cadre, il s’est rendu dans plusieurs régions liées à cette cause et a défendu des positions critiques à l’égard du sionisme.
Dire que Garaudy était un
"philosophe"
ou un
"intellectuel"
n’a rien d’inexact sur le plan factuel. Cela ne constitue en aucun cas une réhabilitation des propos pour lesquels il a été condamné en France. Confondre une qualification biographique avec une adhésion idéologique relève d’une manipulation.
C’est une méthode classique : transformer un fait objectif en preuve d’une intention supposée.
StreetPress tente également de nous faire passer pour des conspirationnistes lorsqu’un de nos éditeurs évoque l’idée selon laquelle Hitler aurait été un agent sioniste.
Là encore, le sujet est déformé et caricaturé.
Cette affirmation renvoie en réalité à un épisode historique bien documenté :
l’Accord de Haavara (ou "Accord de transfert"), signé en août 1933 entre des organisations sionistes allemandes, l’Agence juive pour la Palestine et le ministère de l’Économie nazi.

Cet accord, qui visait à faciliter le transfert de certains Juifs allemands vers la Palestine tout en permettant l’exportation de capitaux allemands, a été critiqué à l’époque aussi bien par des Juifs non-sionistes que par des responsables nazis eux-mêmes. Il témoigne d’une réalité historique complexe, faite de stratégies, de contradictions et de rapports d’intérêts.

Le rappeler ne relève pas du complotisme, mais de l’histoire.
Oui, il y a eu des formes de collaboration ponctuelle entre certaines organisations sionistes et l’Allemagne nazie dans un contexte spécifique.
C’est un fait documenté, étudié par des historiens.
Ce qui est problématique, en revanche, c’est l’attitude de StreetPress,
qui préfère disqualifier toute référence à ces faits en la qualifiant immédiatement de conspirationniste,
plutôt que de les contextualiser et de les analyser. Cela traduit moins une volonté d’informer qu’une volonté de fermer le débat.

L’appel contre l’extrême droite


En outre, StreetPress affirme que nous n’aurions pas rejoint les médias signataires de l’appel à un front commun contre l’extrême droite. C’est faux. Cet appel déclarait :
"C’est pourquoi nous appelons, par nos initiatives éditoriales, et sans jamais renoncer à notre regard critique, à soutenir la mobilisation sociale et citoyenne en cours, qui fait écho à la dynamique antifasciste du Front populaire de 1936 dans sa capacité à déborder les cadres partisans. Nous considérons qu’elle seule est à même d’empêcher le RN d’accéder au pouvoir le 7 juillet. La lutte contre l’extrême droite nous requiert tous et toutes, et nous, en premier lieu, comme acteurs de la société civile."
Nous l’avons relayé publiquement et nous avons explicitement indiqué que nous le signions. Les faits sont clairs et vérifiables. Dès lors, une question se pose : pourquoi StreetPress affirme le contraire ?
Est-ce une omission volontaire ou un refus implicite de reconnaître la participation d’un média turc à une initiative française ?
François Bonnet, initiateur de cet appel, refuse-t-il d’accepter un média turc dans ce type de mobilisation ? Faut-il être un média
"acceptable"
selon certains critères implicites pour être reconnu ? Cette situation interroge.
Derrière cette exclusion de fait, se dessine une forme de communautarisme inversé, où un média perçu comme turc et musulman serait maintenu à distance, même lorsqu’il s’aligne sur des initiatives pourtant revendiquées comme universelles.
La question est simple : cet appel était-il réellement ouvert à tous les médias, ou seulement à ceux qui correspondent à un certain profil idéologique, culturel ou identitaire ?
Devions-nous faire davantage que signer et relayer publiquement pour être considérés comme légitimes ?

Enfin, il est important de rappeler un élément que StreetPress omet soigneusement. Lorsque leur propre compte a été restreint par TikTok, nous n’avons pas hésité une seconde à les soutenir publiquement. Nous avons relayé l’information et dénoncé la censure exercée par les plateformes sociales.

Autrement dit, lorsque la liberté d’expression de StreetPress est en jeu, nous sommes présents. Mais lorsque nous sommes attaqués sur des bases contestables, cette réciprocité disparaît. Là encore, les faits parlent d’eux-mêmes.

Diffamation sur notre ligne éditoriale


StreetPress tente de faire passer Nouvelle Aube pour un média adepte de la désinformation en s’appuyant sur un article datant de 2013
, aujourd’hui retiré, à une époque où Nouvelle Aube n’existait même pas. Cette construction est, en elle-même, révélatrice d’un problème de méthode.
Associer un média à un contenu publié avant sa création constitue une confusion factuelle majeure. La rigueur journalistique impose de vérifier l’existence juridique et éditoriale d’un titre avant d’établir un lien.
En l’occurrence, cette vérification élémentaire n’a manifestement pas été faite, ou a été volontairement ignorée.

Ensuite, il y a un principe fondamental de responsabilité éditoriale. Un média ne peut pas être tenu responsable d’un contenu antérieur à son existence. Mélanger des temporalités différentes revient à brouiller les repères, à confondre des structures distinctes et à construire artificiellement une continuité qui n’existe pas. C’est une méthode qui crée de la confusion plutôt qu’elle n’éclaire.

Il y a également un problème de méthode.
Utiliser un article retiré, donc non maintenu par son propre éditeur, pour bâtir une accusation actuelle pose une question simple :
pourquoi s’appuyer sur un contenu qui n’est même plus revendiqué par son auteur ?
En déontologie journalistique, la contextualisation est essentielle. Sans contexte, sans précision sur les circonstances et l’évolution éditoriale, l’argument devient fragile et orienté.
Sur le plan éthique, faire passer un média pour un acteur de la désinformation sur la base d’un contenu ancien, supprimé et antérieur à son existence relève clairement de l’amalgame.
Or l’amalgame ne produit pas de l’information, il produit de la suspicion. Il affaiblit le débat public au lieu de le renforcer.
D’autant plus que, factuellement, l’interview évoquée existait bel et bien. À l’époque, Yeni Şafak version turque, avait fait le choix de ne pas publier une partie de cet entretien.
Cela relève d’un choix éditorial, pas d’une falsification.
Aucun média ne publie nécessairement l’intégralité brute d’un échange. La sélection, la hiérarchisation et l’édition font partie du travail journalistique.
StreetPress publie-t-il, lui, l’intégralité de toutes ses interviews sans aucune coupe ?
Enfin, StreetPress reproche également à Yeni Şafak d’avoir critiqué le mouvement Gezi.
Cela pose une question de fond : un média est-il tenu d’adhérer aux positions dominantes pour être considéré comme légitime ? Un média doit-il se conformer aux attentes de certains cercles médiatiques pour exister ?
À ce rythme, on peut se demander si StreetPress ne cherche pas à écrire lui-même les articles des autres.
Car au-delà de la critique, c’est bien une volonté d’imposer des lignes éditoriales, des thématiques, une grille de lecture et même un vocabulaire qui apparaît.
Un média n’a pas vocation à se conformer à une orthodoxie médiatique. Il a vocation à informer, analyser et prendre position. Et c’est précisément ce que StreetPress semble reprocher.

Attaquer un média ne relève pas du journalisme


Par ailleurs, par principe, un média ne s’attaque pas à un autre média sur la base d’intentions ou d’étiquettes. Cela s’appelle le respect de la pluralité éditoriale. La critique est légitime, le débat est nécessaire, mais l’attaque ciblée visant à délégitimer un confrère relève d’une autre logique, qui s’éloigne du journalisme pour entrer dans celle de l’affrontement idéologique.

StreetPress va jusqu’à reprendre des tweets personnels d’employés de la rédaction pour tenter de salir l’ensemble du média. Là encore, la méthode interroge. C
onfondre des expressions individuelles, publiées à titre personnel, avec une ligne éditoriale collective est une faute méthodologique.
Cela revient à mélanger les niveaux de responsabilité et à construire artificiellement une cohérence qui n’existe pas. Aucun média sérieux n’est jugé sur les opinions personnelles de chacun de ses membres, sauf à vouloir fabriquer un récit à charge.
Les médias qui se revendiquent de gauche sont, en principe, les premiers à défendre la liberté d’expression et, en particulier, la liberté de la presse.
Pourtant, lorsqu’un média turc indépendant émerge dans l’espace francophone, qui se précipite pour le disqualifier ?
Un média qui se revendique précisément de ce courant. L’écart entre les principes affichés et les pratiques réelles est frappant.

L’argument de la liberté d’expression semble à géométrie variable : elle est défendue lorsqu’elle concerne les siens, mais remise en cause dès qu’une voix divergente apparaît. C’est une vision restrictive du débat public, où seules certaines opinions seraient jugées légitimes.

Nouvelle Aube, de son côté, assume une ligne différente. Nous respectons la pluralité des opinions. Les convictions politiques individuelles relèvent de la sphère personnelle et ne regardent pas la ligne éditoriale d’un média, tant que celle-ci reste cohérente, identifiable et assumée.

Or, StreetPress semble considérer que soutenir certaines positions ou critiquer certains acteurs devrait relever d’une norme implicite, presque d’une obligation.
Comme s’il existait une ligne à ne pas franchir, un cadre idéologique à respecter, et que tout écart devait être sanctionné. Est-ce la volonté de StreetPress de se positionner en colon médiatique ?

Toutes ces erreurs de méthode, ces approximations et ces dérives déontologiques interrogent profondément : que cherche réellement StreetPress ?

À discréditer un média indépendant qui traite des sujets de fond, sans se conformer aux attentes d’un entre-soi médiatique.

Et dans notre métier, cela a souvent une signification très claire : cela signifie que nous dérangeons. Et lorsqu’un média dérange, c’est généralement qu’il touche à des sujets que d’autres préfèrent éviter.

Précision sur nos invités

Par ailleurs, nous tenons à préciser que nous faisons preuve de transparence avec l’ensemble de nos invités. Avant chaque entretien, nous expliquons clairement qui nous sommes, notre ligne éditoriale et le cadre de l’échange. Toutes les personnes interviewées en visioconférence connaissent donc parfaitement notre identité et notre positionnement. Prétendre le contraire relève de la mauvaise foi.

En revanche, lors de reportages sur le terrain, notamment dans le cadre d’événements, nous exerçons notre métier comme n’importe quel journaliste. Nous recueillons des témoignages auprès de personnes présentes ou impliquées, sans que celles-ci aient nécessairement connaissance préalable du média. Il s’agit là d’une pratique standard du journalisme de terrain, et non d’une quelconque dissimulation.


Nous appelons donc, StreetPress à diffuser ce droit de réponse, afin de rétablir un minimum d’équilibre et de rigueur dans un traitement qui, en l’état, ne respecte ni le contradictoire ni les standards attendus d’un média.

La rédaction de Nouvelle Aube




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