Quel est le signal de la rencontre surprise à Damas ?

10:237/04/2026, Salı
MAJ: 7/04/2026, Salı
Yahya Bostan

C’est l’une des images les plus intrigantes de ces derniers jours. Le président syrien Al-Charaa a rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Damas. Le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan a également participé aux discussions. Si l’on tient compte des développements centrés sur l’Iran et Israël, l’intuition journalistique suggère que ce “sommet” est particulièrement important. Les sources primaires sont discrètes. Les sources ouvertes n’offrent pas davantage d’informations. Que

C’est l’une des images les plus intrigantes de ces derniers jours. Le président syrien Al-Charaa a rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Damas. Le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan a également participé aux discussions. Si l’on tient compte des développements centrés sur l’Iran et Israël, l’intuition journalistique suggère que ce
“sommet”
est particulièrement important. Les sources primaires sont discrètes. Les sources ouvertes n’offrent pas davantage d’informations. Que se passe-t-il ? Essayons de lire la situation à la lumière des évolutions critiques.

Un.
La guerre entre les États-Unis/Israël et l’Iran avait été temporairement mise entre parenthèses sous l’intitulé “sauvetage de pilote”. Les États-Unis affirment avoir récupéré leur pilote perdu (officier des systèmes d’armes). L’Iran soutient le contraire. Aucune des deux parties n’a publié d’image ou de preuve concernant le sort du pilote. Washington présente l’opération comme un succès digne d’Hollywood. Téhéran affirme avoir abattu 10 aéronefs américains, dont deux avions. En raison de la guerre de propagande, il est difficile de discerner la réalité. Mais puisque cette parenthèse est désormais refermée, la guerre peut reprendre là où elle s’était arrêtée.

Deux.
Si l’opération de sauvetage s’est réellement déroulée comme le dit Washington, cela pourrait attiser l’appétit des cercles à Washington et à Tel Aviv qui plaident pour des opérations ciblées à l’intérieur de l’Iran, notamment contre les installations liées à l’uranium. Cependant, une opération de sauvetage menée dans une zone montagneuse sans planification défensive ne produira pas les mêmes résultats qu’une tentative de débarquement sur l’île de Kharg, à portée des missiles et drones iraniens, ou qu’une opération visant à s’emparer d’uranium enrichi.

L’axe américain est-il en train de changer ?


Trois.
Même si Donald Trump affirme que
“ceux qui achètent du pétrole doivent ouvrir le détroit d’Ormuz”
, le point clé du conflit reste précisément le détroit d’Ormuz. En arrière-plan, des propositions sont faites à Téhéran : “ouvrir Ormuz en échange d’un cessez-le-feu de 45 jours”.
L’Iran, lui, ne veut pas d’un cessez-le-feu temporaire, mais une paix mettant fin à la guerre, des réparations et une modification du régime d’Ormuz.
Trump, après ses déclarations agressives, a prolongé le délai accordé à l’Iran jusqu’à mercredi. Le projet actuel (cessez-le-feu, ouverture d’Ormuz, négociations pour une paix durable) n’a pas encore été accepté par les parties.

Quatre.
Les experts qui suivent de près les affrontements affirment qu’un changement d’axe est en cours aux États-Unis. Selon eux, après des limogeages et démissions dans les sphères militaires et du renseignement, Washington se rapproche de la doctrine israélienne de la
“guerre sans fin”.
Autrement dit, la guerre pourrait se transformer en un cycle où, après 2 à 3 semaines de bombardements intensifs et une “victoire” proclamée, l’Iran serait ensuite ciblé de manière continue dans une campagne aérienne prolongée, générant chaos et instabilité. C’est le pire scénario pour l’économie mondiale.

Une guerre qui est à la fois menace et opportunité pour la Syrie


Cinq.
Venons-en à la Syrie. L’opportunité réside dans le fait que le pays pourrait devenir une route alternative pour l’acheminement du pétrole irakien vers les marchés mondiaux. La menace, en revanche, vient directement d’Israël. Nous avons déjà écrit qu’Israël cherche à relier le Liban au sud de la Syrie, voire à provoquer un soulèvement à Soueïda. Par ailleurs, des tentatives américaines d’armer des groupes opposés au régime via des groupes kurdes séparatistes sont également évoquées. Le groupe séparatiste Hicri à Soueïda est armé par Israël.

Six.
Le pouvoir à Damas mène une politique extérieure extrêmement délicate. Il coordonne ses actions avec la Türkiye, les États-Unis (Thomas Barrack) et l’Arabie saoudite. Cependant, la guerre contre l’Iran a provoqué des fractures importantes sur le terrain : Israël vise le sud de la Syrie. Thomas Barrack est
“fatigué”
de la pression israélienne. Les pays du Golfe se concentrent sur leur propre protection face aux attaques iraniennes. Vu de Damas, il apparaît clairement que Washington s’est aligné sur Tel Aviv en Iran. C’est précisément dans ce contexte que les déplacements d’Al-Charaa à Berlin puis à Londres prennent toute leur importance.

Une lecture de l’arrière-plan


Sept.
L’Ukraine est passée au second plan dans l’ombre de la guerre avec l’Iran. Les Russes avancent. Sans le soutien américain, la position de Zelensky devient fragile. Le président ukrainien a donc entrepris une tournée dans le Golfe afin de maintenir ses relations avec Washington, de contrer la perception d’échec en interne et de trouver des ressources extérieures. L’Ukraine a signé des accords importants avec les pays du Golfe concernant les capacités anti-drones. Ensuite, Zelensky s’est rendu à Istanbul, où il a rencontré le président Recep Tayyip Erdoğan. Puis il s’est envolé pour Damas à bord de l’avion présidentiel. (La veille, Erdoğan avait échangé avec Poutine. Il a notamment déclaré que
“tout pas renforçant la stabilité en Syrie est dans l’intérêt commun de la Türkiye et de la Russie”.)

Huit.
La présence simultanée de Zelensky et de Fidan à Damas est présentée comme une “coïncidence”. Pourtant, vue de l’extérieur, elle ne l’est pas. L’agenda d’Ankara pour la Syrie inclut la reconstruction, l’intégration des FDS, les menaces contre la sécurité syrienne (notamment Israël) et la situation au Liban. En arrière-plan, il est estimé que la Syrie et l’Ukraine cherchent à conclure certains accords, notamment autour de la capacité de l’Ukraine à fournir des denrées alimentaires (céréales).

Du point de vue de la Türkiye, un accord de sécurité Türkiye-Syrie reste sur la table.
Du point de vue ukrainien, la Syrie constitue un terrain de concurrence face à la Russie. Du point de vue syrien, il s’agit d’augmenter les capacités de défense face à Israël, qui ne cache plus ses ambitions expansionnistes dans la région. La guerre avec l’Iran produira des conséquences multidimensionnelles qui façonneront également l’architecture de l’après-guerre.
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