Des questions folles pour un monde en délire

09:1830/03/2026, Pazartesi
MAJ: 30/03/2026, Pazartesi
Süleyman Seyfi Öğün

Les opinions publiques sont désormais occupées à suivre les développements d’une guerre qui vient d’achever son premier mois. Cela est compréhensible. Il est en revanche extrêmement difficile de prévoir où ce conflit finira par s’éteindre. Les efforts diplomatiques visant à l’arrêter, notamment l’entrée en jeu du Pakistan et de la Türkiye, constituent sans aucun doute des démarches de bonne volonté et de civilisation politique, mais ils ne sont plus en mesure de façonner le processus. La table des

Les opinions publiques sont désormais occupées à suivre les développements d’une guerre qui vient d’achever son premier mois. Cela est compréhensible.
Il est en revanche extrêmement difficile de prévoir où ce conflit finira par s’éteindre. Les efforts diplomatiques visant à l’arrêter, notamment l’entrée en jeu du Pakistan et de la Türkiye, constituent sans aucun doute des démarches de bonne volonté et de civilisation politique, mais ils ne sont plus en mesure de façonner le processus.

La table des négociations avait déjà été mise en place.
C’est les États-Unis qui l’ont renversée, alors même qu’un stade positif avait été atteint.
Chacun sait que la première condition pour renforcer l’efficacité de la diplomatie est que les parties atteignent un niveau de confiance mutuelle satisfaisant.
Si la table établie sous la médiation d’Oman a été renversée, ce n’est pas parce que les possibilités diplomatiques étaient épuisées, mais parce que l’un des acteurs, les États-Unis, a cédé aux pressions d’Israël et a altéré ses intentions. Dès lors, sa reconstitution est devenue impossible.

L’Iran ne fait plus confiance aux États-Unis.
N’importe quel acteur dans sa position aurait agi de la même manière. Téhéran affirme désormais avec fermeté qu’il ne reviendra à la table que s’il obtient des garanties unilatérales sur ses exigences. Cela signifie que toute future table ne sera plus un espace de négociation, mais un cadre où les conditions du vainqueur seront imposées au vaincu.
L’Iran adopte une posture sans compromis.

Une guerre asymétrique qui piège ses initiateurs


Lorsque l’on observe le déroulement de la guerre, il apparaît clairement que la partie acculée est désormais le duo États-Unis-Israël. Il s’agit d’une guerre asymétrique. Si les ressources et les capacités ne sont pas totalement anéanties, ce type de conflit tend à être remporté non par l’agresseur, mais par celui qui se trouve en position de défense, même s’il paraît plus faible sur le papier.


Les raisons en sont connues. L’armée américaine combat très loin de son territoire, ce qui engendre inévitablement, avec le temps, des coûts logistiques et financiers considérables. Dès le début du conflit, j’avais indiqué que si l’Iran parvenait à tenir au-delà de deux semaines, l’équilibre pourrait basculer en sa faveur.
Cette analyse reposait sur des évaluations provenant de sources fiables familières des questions militaires.

Après un mois de guerre, les États-Unis rencontrent effectivement de sérieux problèmes logistiques. Leurs offensives perdent progressivement en discipline.
Rien n’indique en revanche un affaiblissement significatif de la capacité iranienne.
À l’inverse, l’Iran semble structurellement et matériellement bien préparé à un conflit de longue durée.

Comme je l’ai déjà écrit, la force la plus difficile à contenir est celle de ceux qui n’ont plus rien à perdre. Un régime iranien qui a traversé des années de sanctions et de crises existentielles démontre qu’il s’est préparé à affronter une dernière vague susceptible de le détruire.
Il a développé des technologies de drones et de missiles à production rapide, légères, peu coûteuses mais à forte capacité destructrice.
Face à ces moyens, les armées plus lourdes des États-Unis et d’Israël apparaissent souvent déstabilisées, voire impuissantes.

Contrairement aux attentes initiales, la détermination à combattre, facteur décisif dans tout conflit, atteint en Iran un niveau élevé.
Malgré les destructions, la population se rassemble autour du régime.
Une guerre lancée par des élites politiques américaines et israéliennes présentées comme rationnelles, dans l’objectif de renverser un régime jugé oppressif, produit l’effet inverse : elle consolide ce régime et lui confère un soutien populaire renforcé. Sans cette guerre, un régime dont la légitimité s’était érodée aurait pu finir par s’effondrer sous le seul poids des sanctions.

Escalade régionale et effondrement systémique


L’évolution du conflit montre une escalade évidente. Les États-Unis et Israël, incapables d’atteindre leurs objectifs, augmentent l’intensité de leurs actions et se préparent à des offensives plus lourdes. Ces choix ne relèvent pas de la rationalité stratégique et laissent présager une succession d’erreurs.


Les ambitions expansionnistes d’Israël au Liban se sont heurtées à une résistance inattendue du Hezbollah.
Affaibli, dispersé, ayant perdu une partie de ses cadres, ce dernier semble néanmoins s’être restructuré et s’être préparé à ce qu’il considère comme une guerre existentielle. En Irak, la présence américaine devient de plus en plus intenable face aux actions des forces du Hachd al-Chaabi. Toute tentative d’offensive terrestre pourrait s’avérer fatale pour Washington.

Par ailleurs, les Houthis, jusque-là silencieux, ont annoncé leur entrée dans le conflit. L’Iran active progressivement ses réseaux régionaux. En face, les États-Unis semblent dépourvus d’options. Après une Europe hésitante, ce sont désormais leurs alliés régionaux, arabes et kurdes, qui manifestent une perte de confiance croissante et prennent leurs distances.


Si l’on examine le bilan de l’administration Trump, le constat est sévère. Arrivé au pouvoir avec l’ambition de restaurer la puissance américaine, il semble avoir engagé une dynamique de destruction irréversible. Loin de renforcer l’empire américain, ses choix contribuent à son isolement. Après avoir fragilisé l’Europe, les États-Unis semblent désormais perdre le Moyen-Orient.


L’hégémonie américaine s’effondre sous nos yeux. Il ne s’agit pas seulement d’un recul géopolitique, mais d’un effondrement systémique et global.
C’est simultanément la fragilisation de l’euro, du dollar et du pétrodollar. Que signifie un monde où les champs pétroliers sont bombardés, où le détroit d’Ormuz est bloqué, et où le détroit de Bab el-Mandeb pourrait l’être à son tour ?
Cela implique l’impossibilité du commerce pétrolier, mais aussi une paralysie plus large : fermeture de la mer Rouge, blocage du canal de Suez, perturbation du commerce de biens essentiels.

Les conséquences sont prévisibles : stagnation mondiale, hyperinflation, pénuries. Ces risques n’étaient-ils pas évidents dès le départ ?
Aucun responsable à la Maison-Blanche ou au Pentagone n’a-t-il jugé nécessaire d’alerter le président ?
Ou bien ces scénarios ont-ils été consciemment acceptés ?
Faut-il envisager que certains acteurs, en coulisses, aient décidé de précipiter la fin d’un système vieillissant ?

Ce sont des questions folles. Mais face à un monde qui sombre dans la déraison, il devient nécessaire de poser des questions qui, en temps normal, paraîtraient elles-mêmes déraisonnables.
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